PROJET ET FONDEMENTS
D’UN LIEU D’ACCUEIL INCONDITIONNEL.                                                                                                               RETOUR

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  L’identité propre à notre association , sa singularité, mais aussi ses fondements, trouvent leurs origines dans un processus d’élaboration de pensée en divers lieu, en divers groupes.

  Entre certains usagers animés du désir de ne pas subir perpétuellement un système d‘aide dont ils sont souvent de simples bénéficiaires, beaucoup plus rarement des partenaires. Motivés par le désir de faire entendre leurs voix, tant pour critiquer que pour proposer. Se défiant d’interlocuteurs prompt à manier un discours axé sur l’autonomie, l’insertion, les devoirs envers la société, mais souvent peu enclin à favoriser et prendre en compte leurs paroles.

  Entre certains professionnels de terrain animés du désir d’interroger le dit système, ne pas se cantonner à un rôle de simples exécutants. Tendre, ainsi, vers une posture partenariale, comme les y invite la loi de lutte contre les exclusions, qui souhaite que les centres de formation des travailleurs sociaux “préparent à la pratique du partenariat avec les personnes et les familles visées par l’action sociale” . Assumer, ainsi, une fonction d‘intermédiaire, tant vis à vis des usagers que des pouvoirs publics et politiques. Appliquant ici l‘idée formulée par Y. Le Duc, selon laequel“le professionnel peut et doit, dans certains cas, se faire l’interprète (et non le porte parole) de l’usager pour défendre à travers un usager quelconque, une collectivité d’usagers qui peuvent légitimement revendiquer un changement des pratiques ou des règles juridiques. Il peut et doit d’autant plus le faire que les usagers des services sociaux ne sont pas en capacité d’exprimer eux-mêmes ces demandes.”

  Entre usagers et professionnels, constatant la convergence de leurs opinions, qui se rassembleront au sein de l’association CASA. Partageant ces aspirations communes, ces mêmes analyses critiques du système d’aide existant, construisant enfin, à partir de ce diagnostic, des propositions pour rendre ce système plus perfectible, au bénéfice premier des usagers. Passage à l’acte par le “squatt” d’un immeuble, ou élaboration d’un projet d’accueil inconditionnel, il est question de “...créer des occasions, des moments, des lieux, des expériences où des gens, des citoyens, des exclus... seraient en capacité d’exercer leur capacité d’acteur.”  “Est-ce que le travail social a la capacité de créer, non pas de l’acteur, mais les conditions, les espaces, les lieux, les montages où l’acteur pourrait éventuellement se produire?” , comme nous le suggère M. Autès.

  Dynamique et aspirations, confirmées et théorisées dans un ouvrage publié quelques mois après la naissance de l’association: Les naufragés. Avec les clochards de Paris.  Ouvrage écrit par Patrick DECLERCK, philosophe de formation, docteur en anthropologie de l’École de hautes études en sciences sociales, psychanalyste. Surtout, comme il nous le précise pour introduire son livre: “J’ai passé plus de quinze ans à m’intéresser aux clochards de Paris. D’abord, de 1982 à 1985, en tant qu’ethnographe, assistant de recherche à la Maison des sciences de l’homme. Ensuite, de 1986 à 1987, comme psychanalyste à la Mission France de Médecins du Monde, où, sous les auspices de Bernard Kouchner alors président de l’association, j’ai créé, en avril 1986, la première consultation d’écoute spécifiquement réservée à cette population en France. Enfin, de 1988 à 1997, en tant  que consultant au Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, institution spécialisée dans l’accompagnement de ces populations.”

   Nous donnons ici à notre lecteur cette présentation de l’auteur, afin qu’il appréhende combien la pensée de P. Declerck s’est nourrie et élaborée à partir d’expériences et de rencontres de terrain.  Lui même tient à nous confirmer, quelques lignes plus loin, ces rencontres très concrètes avec ceux qu‘il nomme les clochards: “Je les ai  côtoyés ivres, vociférants ou comateux d’alcool, hagards de rage et d’impuissance. Je les ai vus obscènes, incontinents, effondrés, braguette ouverte... J’ai souvent dû combattre les nausées que leur odeur provoquait. J’ai aidé à les soigner. Je pense en avoir soulagé plusieurs. Je sais n’en avoir guéri aucun.”

  Cet ouvrage est venu confirmer, dans un registre conceptuel plus élaboré, nombre de nos idées et propositions. Voilà pourquoi nous nous proposons de développer ici les fondements de ce qui constitue notre projet d’ouverture d’un “lieu d’accueil inconditionnel“, en nous appuyant, notamment, sur les apports théoriques de P. Declerck.

I/ Le public.
 

 1-1/ De qui parle-t-on?

  Le public pris en charge au sein des différentes structures d’accueil, pourrait être très schématiquement( avec toute les réserves qui s’imposent à ce genre de tentative de réduction de la complexité humaine), séparé en deux catégories.

  Ceux qui sont en rupture de travail, familiale, sentimentale... de lien social. Ces personnes qui deviennent alors victimes de l’exclusion,  les conduisant à subir une période de dépendance au système  d’aide et d’assistance sous toute ses formes. Période qui se conclue par un retour, dans un délai à court ou moyen terme, à une situation ordinaire, intégrée au sein de la société. Ici, le travail des différents intervenants du secteur, sera un travail de restauration: de la santé, de la confiance et de l’estime de soi, de liens aux autres, de lien social.

  Ceux qui sont gravement désocialisés. Des sujets souffrant du “syndrome de désocialisation“, décrit par P. Declerck, ceux qu‘il désigne comme les “fous de l‘exclusion“. Ces derniers se trouvent à l’extrême de ces processus d’exclusion. Sujets pour lesquels la dimension pathogène de l’exclusion est à ce point importante, qu’elle va jusqu’à les altérer dans leur intériorité psychique même. “ ... la puissance mortifère de l’exclusion est telle qu’elle s’intériorise au cœur même de certains sujets qui deviennent, alors, leurs propres bourreaux en recréant inconsciemment les conditions toujours renouvelées de leur propre exclusion.”

  Pour ceux-la, un projet de réinsertion au sens où il est entendu par l’ensemble de nos concitoyens comme retour à la vie en société par l’accès au logement et au travail, constitue donc un projet illusoire et irréaliste. Un travail de restauration d’une insertion vécue par le passé n’est pas envisageable, dans la mesure où celle-ci n’a jamais été une réalité pour ce public, ou seulement pour des durées restreintes, marquées par des instabilités associés à un fragilité certaine.

  Un certain discours, traduction d’une volonté plus ou moins consciente de la société visant à normaliser tout comportement qui ne l’est pas, se voit ici mis en cause. Discours fondé sur une erreur souvent véhiculée, consistant à penser que“ ...de l’enfant à l’adulte on a tous les mêmes droits, les mêmes demandes, les mêmes plaisirs à satisfaire et les mêmes formes d’expression.”  La notion même d’insertion est à interroger. Un débat est à ouvrir, certains lui donneront une dimension politique ou idéologique. Pour nous, il s’agit plus exactement d’instaurer un dialogue ouvert à la complexité propre à toute réalité humaine, marquée souvent par des souffrances. Dialogue qui suppose ouverture d’esprit et tolérance, conditions essentielles à l’accueil de l’autre dans toutes ses différences, ses singularités, sa dignité. Ce qui nécessite encore, de la part des personnes en charge de l’accueil, une “... croyance profonde en la valeur de tout être humain, y compris soi-même, et l’acceptation d’une solitude, d’un doute, d’une insécurité et d’une multiplicité des définitions possibles du sens de l’existence.”

  Pour ces sujets, le respect de leur dignité passe nécessairement par l’acceptation  de leurs comportements, quand bien même ceux-ci seraient à nos yeux, suivant nos conceptions, nos propres normes, source de difficultés, de souffrances supplémentaires. “Sous de nombreuses injonctions thérapeutiques d’abstinence, comme sous de nombreux contrats de réinsertion, se cachent une immense désinvolture, une ignorance et un mépris de l’autre, de ses logiques, de ses plaisirs, de ses peines, de ce qui fait malgré tout et vaille que vaille, sa vie.”

  Sans cette totale ouverture à l’autre, par l’acceptation de tout ce qui constitue sa vie, sujets et équipes des institutions sociales vont induire des parcours rythmés par des échecs. Échecs douloureux pour les sujets eux-mêmes en premier lieu, mais aussi pour les intervenants sociaux qui ne manquent pas de s’interroger sur le sens de leur action. Source, chez ces derniers, d‘une certaine démobilisation, l’usure professionnelle aurait ici une bonne part de son explication.

  En effet, afin de trouver un abri, certains sujets les plus gravement désocialisés sont amenés à s’adresser aux structures telles que les CHRS, où un parcours d’insertion classique leur est “proposé”. En réalité, les usagers n’ont d’autre choix que d’adhérer à un projet d’insertion visant à leur faire acquérir ou recouvrer une autonomie sociale et financière, en adoptant comportements et attitudes normalisées. Objectifs illusoires pour certains d’entre eux, comme nous l’avons dit plus haut, qui conduisent donc inévitablement à des échecs. Nous pensons par ailleurs que certains de ces sujets trop abîmés par la vie qu’ils mènent, ou lassés de cautionner ce fonctionnement aberrant et circulaire, préfèrent rester hors de tout système de prise en charge, malgré les risques vitaux encourus.

  Pour P. Declerck, il s’agit “de jeu de chaises musicales dans l’ensemble du champ de la prise en charge, avec une population tournante qui, de ratage en ratage, passe d’un centre à l’autre. Cela présente l’avantage collusif et anxiolytique de permettre aux institutions, comme aux sujets eux-mêmes, de nier le caractère chronique de la grande désocialisation, en substituant à la longueur d’un temps immobile et pareil à lui-même les péripéties d’une errance toujours répétée dans un espace institutionnel éclaté.”
 

 1-2/ L’accueil inconditionnel.

  Le lieu d’accueil inconditionnel a donc vocation à accueillir toute personne, donc les deux catégories de sujets abordés plus haut. Les premiers accompliront un parcours relativement linéaire, par lequel, après un éventuel et court passage en ce premier lieu, ils intègreront une structure d’insertion disposant des moyens nécessaire à la réalisation d’un projet d’insertion. Les seconds doivent pouvoir utiliser, aussi souvent qu’ils le souhaiteront, les services de ce lieu d’accueil inconditionnel. Ils peuvent également bénéficier d’un accueil dans les structures traditionnelles, si tel est leur désir, ou d’autres structures alternatives (lieux de vie). Ceci dans la mesure où nous, l’ensemble des intervenants du secteur, aurons pour souci d’assurer une continuité dans le lien, sujet que nous développerons plus loin.

  Toute les personnes accueillies seront orientées par le SAO ou le 115. Notre structure s’adresse essentiellement à des hommes seuls. Toutefois, faute de disponibilité en d’autres lieux, des femmes pourront y être accueillies. Les animaux de compagnies seront admis. De manière générale, nous tendrons à éviter toute contrainte conduisant à limiter l’accès au lieu. Dans certaines situations, les mineurs seront acceptés la nuit, en bénéficiant de conditions spécifiques. Ceci dans le cas où les services compétents (commissariat, foyer de l’enfance...) dûment contactés, n’offrent pas d’autres solutions. (Situation que nous avons déjà rencontré). Le lieu d’accueil assume ainsi un travail de prévention et peut par sa souplesse, répondre à des situations complexes et urgentes.

  Par ailleurs, aucune durée de séjour ne sera imposée préalablement à l’entrée dans le lieu. Une relation durable ne peut en effet se construire sans une rupture avec le cycle de l’urgence, que certaines structures d’urgence entretiennent paradoxalement elle-même, notamment par la limite de séjour à quelques jours. De même, une alimentation, même sommaire, assurée midi et soir, permettra à ceux qui le désirent de s’ancrer en un lieu, sans subir le risque et la douleur au quotidien de la faim. Repas  supervisés et encadrés par l‘équipe salariée, tout en laissant une grande part d‘initiative et de responsabilité aux personnes accueillies. L’accueil inconditionnel étant installé, dans un premier temps dans des structures type “algeco”, des contraintes matèrielles limiteront sans doute les possibilités.

   Enfin, les retours, les renouvellements de séjour ne seront pas appréhendés comme un risque négatif de sédentarisation; mais comme le signe d’une relation qui s’instaure et se construit. Nous abordons cette relation comme un suivi, plus qu’une prise en charge, un soutien fiable qui s’inscrit dans la durée malgré, ou avec, les crises récurrentes propre au parcours de ces sujets. “Au soignant de veiller à ce que son patient tombe le moins souvent possible. Et s’il doit inexorablement tomber, de lui éviter de se faire trop mal.”
 
 
 
 
 
 

II/ Espace transitionnel de soins.
 

 2-1/ Quelques éléments sur ce concept.

  Le lieu d’accueil inconditionnel n’est pas la solution à toute les situations, des orientations vers les autres structures sont nécessaires. Ce lieu se veut une réponse à des besoins non couvert, approche différente du phénomène de la grande désocialisation. Ce lieu ne se conçoit évidemment pas sans lien avec les autres structures existantes. Bien plus il a vocation à être un élément central et dynamisant d’un système, composé de l’ensemble des structures du secteur. Ce système doit être cohérent et adopter un fonctionnement synergique au bénéfice des usagers, tenant compte de leur réalité constaté par tous les acteurs de terrain. Un “espace transitionnel de soins“, concept avancé par P. Declerck, qui nous semble pertinent et réalisable à Avignon et dans le Vaucluse.

  “Pour une part de ce public, il ne s’agit plus de tenter d’impossibles guérisons, ou de planifier de chimériques réinsertions, mais de reconnaître et d’accepter le caractère chronique et irréversible du mode de fonctionnement des sujets gravement désocialisés, qui évoluent dans un “ailleurs”. “Ailleurs” social et économique, mais aussi “ailleurs” symbolique et psychique, équivalent à la psychose. Et comme la psychose, la grande désocialisation se maintient, se gère et s’accompagne au cours de la vie et jusqu’à la mort. L’enjeu thérapeutique consiste à éviter le pire: souffrances inutiles, morts prématurées. Il faut tâcher que le sujet puisse vivre son état le mieux possible. Vivre malgré tout et avec, quand même, un peu de plaisir...”

  Démarche à laquelle nous souscrivons. D’autres structures, fortes de leurs singularités et de leur histoire, proposent également une prise en charge, un suivi,  à moyen et long terme. Associant leur travail à une certaine réflexion sur les processus d’exclusion et la place des sujets en grande désocialisation au sein de notre société. (Le Mas de Carles, la Bergerie de Berdine, Le Village, Emmaüs...) D’autres offrent des services et des compétences propre à mener à bien un projet d’insertion tourné vers l’emploi, la formation, le logement... tout en acceptant de recevoir des sujets gravement désocialisés (La Passerelle, l’AVAI, la Croix Rouge, Diagonale...).

  Autant de fonctionnement différents et complémentaires, à considérer comme différentes parties d’un système. Système au sein duquel certains évolueront pour tenter diverses expérimentations, avec plus ou moins de succès, alternant avec des périodes de régression.  Régressions qui conduiront certains à revenir régulièrement vers ce lieu d’accueil inconditionnel.
 
 

 2-2/ Mise en oeuvre du concept au plan local.

  L’existence d’un lieu d’accueil inconditionnel, tel que nous le pensons, constitue la condition indispensable pour assurer cette continuité dans le lien thérapeutique de ces sujets avec le système des structures existantes. Toutefois son existence n’induira pas mécaniquement cette émergence d’un espace transitionnel de soins. Voilà pourquoi nous souhaitons inscrire la création et la continuité du lieu d’accueil inconditionnel dans un partenariat instauré d’emblée avec les associations favorables à cette idée.

  L’association Imagine 84 (anciennement UDAS) doit son existence à une volonté de certaines associations, dont CASA, de créer un véritable partenariat inter associatif. L’association CASA agit donc, dores et déjà, en concertation avec les autres associations, ceci tant au niveau de la réflexion que des propositions. Par ailleurs, les associations partenaires, disposant de personnel administratif et comptable, mettront à disposition de CASA une partie de leur temps. Mutualisation des moyens qui créera un partenariat étroit, basé sur une solidarité réciproque.

  Notre participation et notre implication au sein d’Imagine 84, a pour but de favoriser et développer les échanges entre chaque structure, tant pour proposer de nouvelles actions, que pour améliorer nos modes de fonctionnement en vue d’un meilleur service rendu aux usagers.

III/ L’équipe gestionnaire du lieu.

  Afin de gérer ce lieu d‘accueil inconditionnel, le financement de postes salariés est nécessaire, sur la base de 5 ETP. Il s’agit de 4.5 ETP répartis sur un planning dont nous vous donnons par la suite les grands axes, auxquelles s’adjoint un chef de service à 0.5 ETP, faisant fonction de directeur, responsable du lieu, coordinateur de l’action, garant du projet, assurant lui même une part de l’accueil.

  Une équipe à dimension restreinte, dont l’ensemble des membres s’investit dans le concret de l’action, constitue selon nous un des éléments qui permettront  à la structure de se focaliser en direction du public visé. L’absence d’un organigramme complexe,  doit faciliter les relations au sein de l’équipe. Il s’agit également de maintenir une implication de l’association CASA, afin de garantir le respect de sa démarche propre, tendre à éviter, ainsi, les dérives propre à certaines institutions oubliant leurs origines et leurs fondements. Équipe restreinte et implication de l’association, induiront une relation facilitée et dynamique avec les usagers.

  Cette équipe sera constituée pour partie d’un personnel expérimenté et qualifié. Pour l’autre partie par des personnes ayant connu la situation de “sans abri”, en capacité d’élaborer une pensée et une réflexion sur cette expérience, enrichissant ainsi l’équipe, utilisant cette connaissance au service du public et de la qualité d’accueil. Il s’agit pour nous d’associer à tous les niveaux les usagers. Ceci aussi bien au sein de l’association, que des salariés ou encore du fonctionnement quotidien du lieu d’accueil. Nous entendons ainsi préserver et entretenir notre spécificité.

  Dans cet esprit, il ne sera fait aucune distinction dans le rôle attendu des salariés. Chacun aura à assumer, durant son temps de présence, le bon fonctionnement du lieu, tant au niveau de l’accueil de nouvelles personnes, que de l’écoute ou encore de la gestion des temps de vie collective. Positionnement institutionnel qui ne remet pas en cause la spécificité  ni la valeur des parcours et qualifications propres à chaque personne. Bien au contraire, il s’agira pour chacun, à l’intérieur du cadre de travail fixé, de savoir reconnaître ses propres limites, afin de passer le relais vers d’autres membres de l’équipe.

  Nous souhaitons, ainsi, éviter un écueil présent dans certaines structures, où équipe éducative et personnel chargé de la permanence de soirée et de nuit, travaillent en un même lieu sans partager une dynamique et des objectifs communs. La cohésion de l’équipe ainsi impulsée, permettra de maintenir à un même niveau la qualité de l’accueil, tout au long de la journée et de la semaine.

  Les réunions d’équipe, sous la direction du chef de service, doivent permettre, outre l’échange d’informations et la coordination, d’inscrire l’action de chacun dans la dynamique propre à l’association, basée sur forte implication des usagers eux mêmes. Elles constitueront ce que nous considérons comme un temps de formation alimenté par les savoirs des uns et des autres, qu’il soit théorique ou de terrain. Ces réunions n’auront donc pas pour objet de réfléchir, en son absence, à la situation de telle ou telle personne accueillie.

  Les horaires répartis sur différentes plages, permettront d‘assurer une permanence et un accueil toute les nuits, mais aussi d‘assurer cette fonction d‘accueil une partie de la journée. Ainsi de 16h00 au lendemain 11h00, un salarié sera systématiquement présent. Une astreinte téléphonique, pour répondre à toute urgence sur le lieu, est assurée 24h sur 24h, essentiellement par le chef de service. Des doublures sont assurées régulièrement, notamment par le chef de service, afin de permettre des actions extérieures, ou de parer à des situations de crises.

  Toutefois, nous ne souhaitons pas instaurer un encadrement trop important, ceci afin de maintenir une certaine souplesse, surtout pour induire et intégrer totalement une participation active des personnes accueillies dans le fonctionnement quotidien. Voilà pourquoi la présence des salariés n’est pas programmée sur l’ensemble de la journée, les personnes hébergées seront ainsi, de fait, mise à contribution pour le bon fonctionnement quotidien du lieu. Aussi bien pour le ravitaillement, la préparation des repas, que pour l’entretien des locaux, mais aussi pour une part de l’accueil proprement dit. Le salarié présent ayant pour fonctions essentielles de créer et maintenir une dynamique participative, tout en garantissant la sécurité de chacun.

  Les contrats seront de préférence à temps plein, à durée indéterminée ou déterminée suivant les contraintes juridiques et administratives. Il ne s’agira pas de contrats type CES. Les salaires s’établiront sur la base des grilles des conventions collectives propre au secteur.

  Une alimentation sera assurée le soir, supervisée et encadrée par l‘équipe salariée, tout en laissant une grande part d‘initiative et de responsabilité aux personnes accueillies. Par ailleurs, en tenant compte des contraintes de l’accueil dans les “algeco”, une possibilité d’alimentation à midi sera recherchée. Idéalement un lieu de restauration sociale devrait être institué à Avignon. Faute de ce dispositif, ,d’autres solutions doivent être recherchées.

  Le travail des salariés en soirée, s’orientera  d’une part vers l’accueil proprement dit des nouveaux arrivants, orientés par le SAO ou le 115, d’autres part vers la création d’un climat chaleureux et l’animation de ce temps fort, quotidien, de la vie du groupe. Accompagnement et gestion des tensions, angoisses, crises qui surgissent avec la nuit. Travail qui ne reposera pas seulement sur l’action des salariés, mais dans lequel toutes les personnes accueillies auront à s’investir.

  Tandis que le travail en matinée et journée aura une orientation plus individuelle. Il s’agira de travailler en lien étroit avec le SAO pour la suite à donner au séjour, ou les services de soins et les autres structures d’accueil. Surtout nous souhaitons assurer une fonction d’accueil une partie de la journée. Fonction qui ne constituera pas un double emploi avec le lieu d’accueil de jour (qui ne sera  véritablement opérationnel et complet que pour l’hiver 2004/2005), puisque nous n’offrirons pas les services de ce type de structure. Toutefois il nous importe de ne pas générer ou entretenir  nous-même un processus d’errance, en fermant les portes dés le début de matinée. Ni à imposer un parcours obligé au sein des différents dispositifs, aussi pertinents soient ils. Par ailleurs, de l’avis de nombreux intervenants du secteur, il est préférable de ménager une certaine diversité des propositions, afin de ne pas concentrer cette population en un seul et même lieu. Cet accueil en journée doit donc permettre aux plus âgés ou aux malades de rester à l’abri, mais surtout de favoriser un certain investissement en ce lieu, pour ceux qui le souhaitent. Faire ainsi de cet espace non pas un simple lieu d’accueil, mais un lieu vivant. Favoriser donc une forme d’insertion par la stabilisation et l’investissement en un lieu qui fait repère.

  Pour résumer, cette action nécessite donc 5 ETP salarié. 4 ETP sont programmés, sur un planning établi sur un cycle, en soirée et la nuit, avec pour fonction de garantir une sécurité et une organisation minimale, absolument nécessaire pour ce type de structure. Le chef de service et le 0.5 ETP restant, interviendront ponctuellement sur ces temps d’accuiel, permettannt ainsi de faire face aux périodes de tensions accrues, ou de soutenir l’action de tel ou tel salarié en éventuelle difficulté. De plus, ce 0.5 ETP ainsi que le chef de service, interviendront ponctuellement sur les temps de journée où aucun salarié n’est systématiquement programmé. Bien qu’une formalisation des horaires soit nécessaire, ne serait ce que dans un souci de respect du droit du travail, nous aurons à cœur de préserver et cultiver une certaine souplesse permettant de répondre au plus prés aux besoins du public et de la structure. Les salariés auront pour objectif de ne pas limiter la fonction du lieu a une fonction d’accueil, mais d’induire une participation active de nature à faire de ce lieu un espace vivant.

  Une formule, empruntée M. Lemay et M. Capul, illustre la direction que nous souhaitons donner à la réflexion qui guidera  l’action de l‘équipe: “Que sommes-nous? Que faisons-nous? Comment agissons-nous? Au nom de quoi intervenons-nous? Interrogations, non seulement utiles à se poser, mais fondamentales dans le sens de se bâtir une vision de soi-même pour aider l’autre à construire “sa” vision de ce qu’il pourra être, en dépit  et avec les avatars de son existence.”

IV/ L’accueil dans les “algeco”, (en attendant une solution définitive).

  Faute de pouvoir faire aboutir le “projet péniche”, la mairie d’Avignon prévoit de louer, par l’intermédiaire du CCAS, des structures type “algeco”. Ces derniers seront installés sur la cour de l’ancien tri postal, appartenant à la SNCF, mise gratuitement à disposition de CASA.  20 “algeco” de 15m2 chacun, soit une surface totale de 300m2 seront disponibles. L’ensemble de ces “algeco” étant jumelés, nous disposerons d’un bâtiment unique disposant de: 7 chambres pour deux personne (15m2), 6 pour une personne (12m2), un réfectoire (60m2), un bureau (12m2). Par ailleurs, une salle de l’ancien Tri Postal, d’une surface d’environ 60m2, sera mise à notre disposition gratuitement par la SNCF, elle constistuera l’espace à investir, à imaginer, à créer, notamment durant la journée.

  Nous disposerons ainsi d’une structure permettant l’accueil de 20 personnes. Cette structure sera opérationnelle jusqu’à ce que le lieu d’accueil définitif soit disponible, probablement au début de l’hiver 2004/2005. Cependant, une interruption de l’action en juillet et août est, pour le moment, demandée par la SNCF, du fait de la proximité avec “le Grand Hôtel”.
 

V/ Résumé de ce qu’est le lieu d’accueil inconditionnel.

  Accueil de 20 personnes.

  Orientation des personnes effectuée par le SAO ou le 115.

  Accueil inconditionnel de toute personne qui se présente, hommes, femmes, couples, familles. Ceci dans la mesure où aucun autre lieu plus approprié ne soit mobilisable.

  Une personne sous l’emprise de produits ne sera pas refusée. Un travail en partenariat avec les structures existantes (AIDES, AVAPT, Autres Regards...) concernant la réduction des risques et la prévention, sera mis en place.

  Les animaux de compagnie seront acceptés.

  Dans certaines situations, les mineurs seront acceptés la nuit, en bénéficiant de conditions spécifiques. Ceci dans le cas où les services compétents (commissariat, foyer de l’enfance...) dûment contactés, n’offrent pas d’autres solutions. (Situation que nous avons déjà rencontré). Le lieu d’accueil assume ainsi un travail de prévention et peut par sa souplesse, répondre à des situations complexes et urgentes.

  Accueil de nuit et de jour. Sans limite de durée d’accueil fixée au préalable.

  Présence d’un salarié de 16h00 au lendemain 11h00.

 Restauration sommaire, proposée matin, midi et soir.

  Travail en partenariat étroit avec les autres structures existantes. Volonté de créer un réseau cohérent au bénéfice des usagers.

  Lieu géré par une équipe restreinte.
 

  VI/ Conclusion.

  Pour conclure cette présentation des fondements du projet de lieu d’accueil inconditionnel, porté par l’association CASA, nous emprunterons à nouveau l’ouvrage de P. Declerck: “Mais que faire si tout cela ne sert à rien? Que faire si d’aucuns ne s’améliorent pas? Que faire si certains soignés malgré tout, à travers tout, restent pareils à eux- mêmes et lentement meurent sous nos yeux? Eh bien, au moins, aura-t-on réussi à alléger leurs souffrances en évitant de monnayer les soins que nous leur prodiguons, en les obligeant à se confronter à des obligations de normalisation qui les dépassent et qui les blessent. Ne rajoutons pas à leur douleur et acceptons humblement, nous autres soignants, de nous conformer au premier principe hippocratique: d’abord ne pas nuire. Et permettons au moins à ces fous partis trop loin de nous pour pouvoir revenir de trouver asile et paix, aux marges d’une société dont ils sont le pauvre négatif épuisé.”
 

      L’association CASA.
 

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