Archive for octobre, 2010

oct 20

INTERVIEW DE MICHEL CARBONARA

vidéo de 8 mn
Marseille, le 29 septembre 2010 au Hameau de l’Armée du Salut
image : Paxi
son : Carlito
interview : Marie
dans le cadre des ateliers vidéo du GEM mine de rien de CASA Avignon

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oct 20

Table Ronde du 30 Septembre 2010 Marseille

par Michel CARBONARA

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Cette retranscription n’est pas exhaustive ; il s’agit de propos recueillis au fil des échanges ; certains passages sont plus complets que d’autres, en fonction de la rapidité d’élocution, ou des interactions qui ont eu lieu autour de la prise de note. Peut être un peu d’interprétation s’est glissée dans les phrases, pour reconstituer ce qui venait d’être dit. Toute intervention sur ce texte – pour le compléter ou l’amender –  de la part des personnes citées est donc libre.

Vue général du débat © Gorka

Introduction – M. Sergio Stern
Nous avons passé quelques nuits au 115 ; c’est l’objet du débat, que de parler de l’urgence. Je vous passe le bonjour de M. Alain Raignier, qui vous remercie de votre collaboration (M. Le Préfet Interministériel en charge du chantier permanent pour l’accueil des sans abris).
L’enjeu de notre travail est de donner la parole aux personnes qui vivent dans la rue, à travers des échanges, à travers l’expression artistique…
Rationalité et logique. Je pense que le nœud du problème est entre la rationalité –  réalité quotidienne pure – et la logique, celle de l’urgence dans laquelle entrent les hommes. Pour l’accueil des sans abris dans l’urgence, on a construit un édifice entre l’Hôpital et les taules, le « iouf ». On prétend proposer un lieu de vie dans des bâtisses pareilles. On peut certainement imaginer mieux, surtout en matière d’urgence ; c’est là qu’on peut avoir une accroche, comprendre sur quel chemin se trouvent les personnes. Comprendre, ça ne veut pas dire accepter, mais c’est faire l’effort de savoir où l’autre se trouve sur  le chemin.
Je vous raconte ma nuit au 115 ; je suis arrivé à La Madrague, on m’a dirigé vers un bungalow neuf, on a dormi avec la porte et la fenêtre ouvertes ; il faisait très froid ; il y avait quelqu’un avec nous qui ne s’était pas lavé depuis longtemps. Les salariés ont remarqué cette personne. Ils n’ont pas le temps de la comprendre, de l’approcher, parce qu’on vit dans la logique de l’urgence. Il faut sortir de cette logique, sinon, on va y rester dans l’urgence.
J’invite chacun à sortir de cette logique de l’urgence, pour comprendre.

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Le témoignage de « M. Lambda » : Alcide à La Madrague
Compte tenu des crises, j’observe que dans toutes les villes que je traverse, l’effet de la fracture sociale touche des gens de plus en plus nombreux, et qui ne sont pas forcément très différents de moi sur le plan de l’éducation.  J’ai été très jeune sensibilisé aux questions liées à la pauvreté ;  très tôt, alors que j’étais enseignant à la fac, j’ai pris des positions qui m’ont amené à m’immerger dans les conditions de vie des gens de la rue, à travers des expériences de quelques nuits dormies dans la rue…
A la Madrague, ma démarche a été celle de l’anthropologue qui tente d’expérimenter ce que vit l’Autre, pour mieux comprendre. En France, il n’y a pas d’éducation citoyenne  à l’école…
La sociologie est un sport de combat comme le disait Bourdieu.
A La Madrague, il n’y a pas de plante, pas de décor, on bouffe dans du plastique, on dort dans du papier… Tout est recyclable, mais c’est un gâchis énorme.
Dans les gens qui m’ont reçu, il y en avait de très gentil. Ils voyaient bien que j’étais bien éduqué. On y trouve une certaine cordialité, et de l’ouverture à l’autre.
Parmi les gens qui sont reçus, il y a beaucoup de barges ; moi j’en suis, mais certains le sont bien au-delà encore. Ce matin, j’ai vu une femme très élégante ; je lui ait fait un compliment ; elle s’est murée ; j’allais pas l’agresser.  A chaque fois que j’ai essayé d’engager la conversation avec un voisin de table… c’était …
J’ai entonné une chanson à l’attention de quelqu’un qui avait un chapeau : « chapeau ça fait très distingué… » et là on a engagé la conversation.
Dans mes promenades nocturnes, dans la rue,  il y avait « un noir » dont je veux évoquer l’interpellation par les forces de l’ordre, la fouille, la violence subie… et discriminatoire c’est certain ; il n’y avait rien dans son comportement qui pouvait attirer cette violence. J’ai vu la même chose quelques temps après avec des arabes qui n’avaient pas de raison d’être traités aussi durement.
Je souhaite souligner la chaleur avec laquelle j’ai été accueilli à La Madrague, où les attitudes des hôtes relèvent de la pure courtoisie. Et puis, il y avait aussi des gardiens plutôt bougons ; celui qui sert la nourriture est un ours mal léché… !
Je pense qu’on pourrait induire un comportement plus sociable, dans les lieux, en disant « agir ensemble c’est agir plus efficacement » ; on pourrait introduire, par de petits gestes, davantage de sociabilité. Dire aux gens «ici,  vous êtes avec les autres » !
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Intervention M. Gilles Chalopin, directeur de l’UHU de La Madrague
Je tiens tout d’abord à remercier les intervenants pour leurs propos mesurés.
L’UHU de La Madrague est une structure de bas seuil d’exigence ; les gens accueillis y sont très divers : de la personne très marginalisée, et/ou souffrant de maladie mentale et cumulant des difficultés, à la personne lambda se heurtant à des difficultés sociales majeures.

M. Gilles Chalopin © Gorka

Vous avez évoqué le problème de l’hygiène. Les comportements sont divers à l’égard de cette question de la propreté. Certains sont totalement autonomes ; d’autres s’y attèlent à force de négociation ; d’autres enfin sont totalement récalcitrants au point d’en être blessé, ou malade. Comment inciter, vivement, sans être maltraitant ? Comment éviter d’exclure, sans que cela soit trop rebutant pour les autres… C’est très difficile. Nous essayons de faire au mieux.
Je dois dire que je suis en admiration devant les salariés qui travaillent dans notre équipe, et je vous remercie d’avoir mentionné leurs efforts. En hiver nous sommes parfois dans les lieux avec 350 personnes ; c’est une situation quasiment inhumaine. L’ambiance est très tendue, il y a de nombreux conflits à réguler… Certaines personnes manifestent des troubles mentaux, d’autres sont sous l’emprise de l’alcool, d’autres sous celle de la désespérance… Tout cela donne une situation très complexe.
Répondant à une question de M. Alain Guilleux (directeur de l’ANEF Provence) sur le nombre de 18-25 ans accueillis, M. Chalopin indique qu’ils représentent environ 15% du public.
Nous essayons de faire en sorte que les jeunes ne restent pas ; parfois, ils s’y trouvent bien, et cherchent les conseils des anciens ; cela ne nous paraît pas très constructif pour eux, et nous préférons les orienter vers La Roseraie.

Intervention de M. Jack Deltil, Responsable de Service à l’Armée du Salut à Marseille
Il présente l’expérience de la réalisation de la bâche artistique au Hameau, avec l’association CASA.
C’était une journée très agréable, au soleil, dans un lieu (Le Hameau) propice à ce type de tâche. Il s’agissait donc d’élaborer une bâche, un message visuel… fait de photos, de dessins et d’écriture. On doit d’abord dire que la participation n’a pas été massive, il faut bien le dire. Mais les personnes présentes se sont pleinement impliquées, avec humour, attention, organisation et plaisir. Elles ont ainsi pu très activement participer à la fabrication même de la bâche, à un reportage, photo et filmé…dans un cadre convivial : celui du Hameau. Le Hameau, est un dispositif d’accueil des personnes sans condition, un lieu alternatif, qui associe hébergement autonome et vie en collectivité, dans des constructions écologiques (les toits sont végétalisés, les murs sont en bois, etc.). L’admission s’y fait sans condition, mais cela ne veut pas dire que la vie au Hameau se fait sans règle. Ces règles sont discutées au quotidien avec les résidents.
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M. Michel Carbonara fait part de son témoignage à propos du Hameau.
Hier j’avais rendez-vous au Hameau avec Sergio Stern pour préparer cette matinée de rencontre. Je voulais évoquer :
l’accueil des résidents : ils m’ont aussitôt pris en charge à mon arrivée – entre l’arrosage des fleurs et une gorgée de café ; ils m’ont mis à l’aise, renseigné, et finalement conduit jusqu’à Sergio, dans une atmosphère très agréable.
lorsque nous nous sommes parlés avec Sergio – comme beaucoup de moments autour d’Etat des Lieux – notre réunion a été filmée ; cela devait être un échange technique, simple et banal comme il en est ; c’est devenu un plateau télé improvisé, à la fois drôle et professionnel.
dans ce balais de caméra, appareil photo, et perche du preneur de son, une « camarade » s’est mise en colère, parce qu’elle se sentait à l’écart. Immédiatement, les autres se sont affairés à ce qu’elle trouve sa place ; quelques minutes après, elle m’interviewait devant les objectifs… J’étais gêné, car je n’ai pas l’habitude. Ses questions étaient très précises, ça coulait, c’était une expérience humaine très intéressante, simple et riche.
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je suis un peu timide… © Gorka

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M. Noël est invité par Sergio Stern à parler du Hameau

Je m’appelle Noël. Un jour j’étais là, dans la rue, et en discutant avec un intervenant de la maraude, il m’a expliqué le projet du hameau. Cela m’a plu, et alors j’ai voulu y aller. Maintenant j’y vis, avec l’envie de rester là, le plus longtemps possible.  Voilà… je suis un peu timide… (Applaudissements).

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Intervention de M. Vincent Girard
J’ai entendu des mots, j’ai relevé quelques phrases ou quelques concepts, pris au vol…
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quelques concepts, pris au vol… © Gorka

La notion d’accueil et d’urgence, peut on accueillir dans l’urgence ?
Une question de taille ?
Un comportement courtois…
Du dialogue…
Récalcitrant…
360 personne c’est inhumain !
Travailler sur le tas…
Incident…
Ivrogne…
Vin mauvais…
Milieu dégradant…
(non exhaustif)
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Je suis très content que l’on se retrouve ensemble pour créer de l’original. Je remercie aussi M. Chalopin d’être venu parmi nous ; il ne doit pas avoir l’habitude dans son quotidien de retrouver des ambiances aussi conviviales. Je reconnais que le cadre dans lequel il exerce est très difficile. Je connais l’endroit depuis longtemps, à chaque fois que j’en sors je suis terrorisé. Un endroit entre l’hôpital et la prison disait Sergio : c’est bien un endroit où se donnent rendez vous les damnés de la terre.
Avec les initiatives des uns et des autres, on est en train d’apporter des réponses alternatives, par petites touches successives. On peut avoir l’espoir qu’un jour la palette des réponses à la diversité des situations soit couverte.
On peut aussi souligner l’intérêt des réponses qui viennent des personnes elles mêmes ; mais attention à l’idéologie de la participation. Celle-ci nécessite de l’action, avec un juste équilibre entre le fait de repérer les compétences de chacun, et de les accompagner à les recouvrer, en ne tombant pas dans le mythe de l’autonomie.
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...des mots © Gorka

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Mme Emmanuelle Latourte et M. Bruno Stengel, éducs spécialisés présentent Les Prytanes
C’est un hébergement de stabilisation ; un micro dispositif où 6 personnes occupent une maison, avec une chambre pour chacun et des espaces communs. Il est destiné à des personnes qui viennent de la rue, de squat, et qui après avoir longtemps vécu « en marge » ne pourraient demeurer dans un logement « classique », par exemple à cause de problèmes d’alcool trop manifestes. L’objectif de ce dispositif est de permettre aux personnes de se stabiliser, de recouvrer un cadre de vie propice à l’amélioration de leur état de santé et de leur condition. Les évolutions se vivent au rythme de chacun, avec l’aide de l’équipe.
B. Stengel raconte le jardin, les couleurs, les légumes, les courges, les moments de jardin avec les résidents et les repas partagés.
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M. Renaud Dramais, directeur de CASA présente l’association
A CASA, on essaie de créer les conditions d’une possible action, qui ne concerne pas uniquement les professionnels mais aussi au premier chef les gens de la rue. Il est question de coproduire ; agir, c’est agir ensemble, dans un combat – qui paraît sans fin – mais qu’on espère voir aboutir un jour sur une amélioration significative des choses.
L’enjeu à Casa est que chacun apporte sa pierre à l’édifice.
Casa ça a été au départ une rencontre hors la loi entre les gens, dans un squat ; aujourd’hui voilà une dizaine d’année que l’association existe et cela fait 7 ans que notre action est officiellement reconnue. On a cette chance d’être dans la possibilité de créer des lieux. D’ici deux ans surgira à Avignon un lieu d’accueil en dur, qui trouvera sa place entière et légitime dans la ville. On va le construire ensemble, c’est une chance extraordinaire, comme cette communauté de gens qui trouve assez d’élan et de coordination pour agir.
Humaniser les lieux : à travers Prytanes, le Hameau, ce qui ressort c’est cette convivialité, ce vivre ensemble qui fait que l’on se sent à une place bien particulière, dans un présent occupé, qui permet de se projeter.
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© Gorka

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Intervention de M. Carmelo Franchina, président de HAS
Cela fait quelques années que je traine mes chaussures dans le travail social ; on est aujourd’hui dans une mutation. Pendant très longtemps, nous avons travaillé « pour ». Nous voulions que les personnes retrouvent à tout prix leur place dans une société normalisée. Une posture qui nous a fait commettre des erreurs, en étant excluant nous-mêmes, dès lors que cette normalité n’était pas accessible, ou pas désirée par les personnes. L’accompagnement était assorti, de fait, d’une injonction de réussir cette normalisation.
On ne peut pas aborder les personnes en se disant que ce sont des personnes marginales ; ce sont des personnes ; rien n’est blanc ou noir ; nous même pouvons être tantôt du côté de la bonne société et de l’autre côté ; aujourd’hui les limites sont fluctuantes et franchissables facilement. Cela oblige le regard des travailleurs sociaux à se déplacer.
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Intervention de M. Olivier Landes, Directeur du CHRS Jane Pannier
A Jane Pannier, nous avons ouvert des lits halte soin santé, soit un tout petit service de 5 places, qui accueille des femmes qui sont à la rue et qui rencontrent des problèmes de santé. Il entre dans le cadre d’un ensemble de services complémentaires qui constituent l’activité de l’association : un petit accueil dédié au 115 de 5 à 8 places (l’hiver) qui est un sas en attendant que les personnes puissent intégrer le CHRS ou un autre établissement ; la maison relais, le tout adossé à un CHRS, qui est un CHRS – urgence, dans lequel les conditions d’accueil sont immédiates et inconditionnelles. La formule « small is beautiful » pourrait caractériser la structure. Avec une échelle restée humaine, on essaie de mobiliser les ressources mêmes des personnes, et de recréer de la vie à l’intérieur de la structure pour que des liens se développent. Les partenariats sont nombreux : La faute à Voltaire avec son atelier d’écriture, Culture du Cœur avec ses sorties culturelles et l’accompagnement qu’elles supposent, les ateliers techniques avec une autre association. La vision de notre travail se trouve changée par ce qui est une véritable « rencontre », plus qu’une posture professionnelle dominée par la technicité.
Il faut recréer des choses originales.  Recréer : je suis tombé un jour sur un texte qui parlait de ce qui se faisait au XIXème siècle dans une structure qui accueillait les femmes avec tous les égards qu’on pouvait attendre, en se démarquant alors radicalement de ce qui se faisait alors dans d’autres structures totalement inhumaines.
Cela repose la question de la militance, car c’est d’elle que viendra notre capacité à se projeter.
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M. Sergio Stern conclut la rencontre
Merci à tous. C’est aussi une occasion pour se connaître. Etat des lieux est un projet inter associatif spontané. Il implique une capacité d’osmose de différents organismes, et de rencontres constructives. Il se veut un passage de savoir, de connaissance, de capacité de se relayer les uns et les autres dans cette bataille de première ligne. Dans le collectif, tout le monde a un rôle important, là où il est. C’est  le syndrome du gardien de but : tu es dans une équipe mais quand le joueur est devant toi, tu dois éviter le pire…

Michel Carbonara © Gorka

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M. Michel Carbonara
Directeur de Cap Méditerranée
Etat des Lieux – Table Ronde du 30/9/10 à Marseille

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oct 14

Diaporama de Gilbert et Carlito sur l’atelier mobile au « hameau » à Marseille

Gilbert, sans abris, membre du GEM mine de rien de CASA Avignon, qui a participé à l’atelier mobile du mercredi au « Hameau » à Marseille, nous a concocté ce petit diaporama à partir des photos prises par Carlito, un autre membre du GEM mine de rien. Il avait choisi une chanson du rappeur marseillais Algérino. Mais comme on n’a pas les droits, il l’a remplacer par une composition tirée du logiciel de samples libres de droits, GarageBand, par Pierre-Jean (du Funk pour faire plaisir à Carlito)…

Au fait, vous ne sauriez pas où est passé Sergio ? Certains disent qu’il est retourné à Marseille, d’autres à Paris… Si vous le voyez, ne lui dite surtout pas qu’on l’attend. Ça va le stresser et il a plutôt besoin de se reposer… Nous, on se débrouille très bien sans lui…

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oct 13

Marseille : mon expérience

La première étape du projet Etat des lieux s’est déroulée à Marseille les 28, 29, 30 septembre. Le premier jour a été difficile pour entrer en contact avec les personnes. Les jours suivants se sont nettement améliorés. Le 30 septembre M. Carbonara, était avec nous pour effectuer la synthèse du débat. Dès lors, je vais plutôt approfondir sur la journée du 29 septembre. Cette journée s’est écoulée entre la Hameau de l’Armée du Salut et la Madrague. Pour moi, ces deux endroits mettent en évidence deux concepts pour lutter contre le même problème. En fait, dans la réalité ces structures sociales proposent des réponses différentes en fonction des besoins des personnes.

En fait, je peux seulement parler de mes sensations lors de cette expérience et faire aussi quelques critiques concernant un système qui préfère cacher les problèmes avant de les résoudre.

Trois jours ne sont pas suffisants pour créer du lien social avec les personnes sans abris dans une ville, et encore moins durant une nuit. Pour la plupart, ils ne se confient pas, et il faut du temps pour entrer en relation avec eux, pour qu’ils se sentent en confiance, qu’ils te considèrent comme faisant partie de leur monde. Bien entendu il y a des personnes plus extraverties, avec qui on peut bien parler, mais finalement ça n’est pas vraiment faire la connaissance d’un individu. En fait, je me suis senti comme un touriste, j’ai été mal à l’aise, et j’ai ressenti de la tristesse.

En arrivant à la Madrague © Gorka

La Madrague est un accueil de nuit, un lieux où les gens peuvent se coucher, prendre une douche chaude et calmer leur faim. Ces équipements sont placés loin du centre-ville, sous une autoroute et au milieu d’un site post-industriel. L’environnement est sale et bruyant. A dix mètres, la circulation y est incessante. Il y a des personnes qui après une nuit dans ce lieu préfèrent retourner dormir à la rue. Arriver jusqu’à ce site est difficile. Il y a une seule ligne de bus qui s’arrête au plus près à dix minutes à pied. Pendant la nuit la seule manière d’arriver à la Madrague est d’appeler le 115. Les fourgonnettes du SAMU SOCIAL, circulent dans la ville en quête «d’hôtes». Le lendemain matin, il n’y a aucun retour en centre ville prévu. Les personnes repartent en bus, et la plupart rentrent à pied.

Un couloir qui mène aux chambres © Gorka

Quand tu arrives sur le site, tu as l’impression de rentrer dans une prison, il y a des doubles portes, des caméras, mais ne rentrent que les personnes qui le veulent vraiment. Les salariés, ont un air dur et semblent plutôt chevronnés. Ils te reçoivent et te demandent d’où tu viens. Si la personne est de nationalité française, elle entre, sinon elle doit attendre. Alors, ils ouvrent la première porte, on peut voir des africains qui dorment par terre. Ensuite, tu passes la deuxième porte, tu arrives à l’accueil. Tu dois présenter ta carte d’identité pour qu’ils te fichent. Un salarié m’indique alors que je peux dormir ici deux nuits. En revanche, les français peuvent dormir autant de nuits qu’ils veulent. Si aucune identification n’est possible, je suppose que la personne restera à la rue. Une fois dans le site, les salariés te donnent un “pack-nuit”: taies et draps jetables pour le matelas, couverture, savonnette, papier toilette et papier buvard comme des serviettes. Si c’est la première fois que tu viens, un salarié t’accompagne à la chambre et te montre les installations. A six heures et demi, tu dois partir. L’équipement n’est pas dépourvu de certaines commodités. Il y a une salle avec la télévision et une petite salle à manger pour diner. Le matin, il est possible de prendre un café, du pain et du beurre.
On trouve aussi une infirmerie, cela est indispensable.

...il y a une âme © Gorka

Le hameau est un tout autre concept. C’est un centre de stabilisation pour des sans abris âgés. C’est en quelque sorte un foyer pour rester jusqu’à la fin de sa vie. C’est une petite communauté de chalets de bois bien équipés, à énergie solaire, une cuisine, une salle de bain et deux chambres. Les habitants sont aimables et accueillants. Certain d’entre eux, t’invitent pour t’offrir un verre. A l’intérieur, on peut y voir des photos, des dessins, il y a une âme. Ils aiment parler, fumer et boire le café. Il y a toujours du café, car on ne sait jamais qui peut arriver.

Le lieu est bien soigné, il y a des arbres et des plantes. Il y règne un climat de tranquillité. Il y a aussi un plus grand chalet avec une cuisine communautaire et une salle multi-usages. Si le temps est propice, on peut sortir les tables dehors et manger sous les arbres. Il est difficile de faire une distinction entre les habitants et les salariés, leurs relations sont cordiales. Ils se considèrent comme égaux. Tous participent à la vie quotidienne. Il y a un horaire avec des tâches à effectuer telles que : la cuisine, la vaisselle, le ménage. Les habitants ont aussi élaboré le règlement. Les animaux et l’alcool sont autorisés.
Tout cela relève presque de l’utopie.

Chez Ricardo © Gorka

Je sais que ces deux sites sont incomparables. Et j’imagine qu’il doit être difficile de gérer un centre comme la Madrague, où ils arrivent des dizaines de personnes chaque nuit et dont les demandes peuvent être multipliées jusqu’à dix en hiver. Je suppose que le budget se doit d’être ajusté, car il y a des choses toujours plus urgentes. Le Hameau est une idée innovante, développée et soutenue grâce à des fonds propres par une institution internationale. Même si ce projet reste couteux, il est aidé financièrement par l’État mais seulement jusqu’à la fin de cette année.

Et alors ? A mon avis, ce sont des propositions de ce type qui doivent s’imposer.

Gorka
correction : Caroline

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oct 08

L’État des Lieux de et par Sergio

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