Archive for décembre, 2010

déc 15

Bordeaux: “C’est un acte évocateur”

Dans la nuit du 1er Octobre, quelqu’un s’est introduit dans La Halte : l’accueil de jour de Emmaus à Bordeaux. Quand les salariés sont arrivés le lendemain matin, ils ont trouvé une porte cassée. Ils ont fait le tour et vérifié s’il manquait quelque chose. Ils ont ensuite appelé la police. Mais non, personne n’avait rien volé, apparemment celui qui était entré ne voulait qu’un lieu pour dormir. Un peu plus tard, en parlant avec un salarié il m’indiquait que cela faisait la troisième fois que cela arrivait ces derniers mois. Cet évènement a donné lieu par la suite à une discussion sur les problèmes d’hébergement qui existent à Bordeaux.
“Ce n’est pas la violence”, disait quelqu’un en trouvant des circonstances atténuante au coupable.

Porte cassée @ Gorka


C’est à la mairie de donner les ressources nécessaires, mais il y a toujours des excuses pour reporter ou réduire les investissements.
Il n’y a que 150 places d’hébergement dans cette ville de plus de 250 000 d’habitants. Entre 250 et 300 personnes, appelent le 115 en demandant un lit chaque soir, seulement il n’y en a pas pour tout le monde. Durant l’hiver, le nombre de places augmentent, et parallèlement le nombre de demandes s’accroit. L’année dernière un sans abris est mort de froid dans la rue. Apparemment et d’après les autorités, il avait des problèmes psychiques. C’est à cause de cela, qu’il refusait un hébergement. D’après ceux qui le connaissaient, cette personne avait un chien et c’était la raison de son refus. C’est un problème récurrent, il n’y a pas de places pour les animaux.

http://fr.novopress.info/43254/les-amis-du-sdf-mort-a-bordeaux-se-battent-pour-sa-memoire/
http://www.rtl.fr/actualites/article/un-sdf-vraisemblablement-mort-de-froid-a-bordeaux-5931331278

Le 115 fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours par semaine. Les centres d’hébergement ouvrent de 18h00 à 8h00 du matin. Pour réserver un lit, il faut appeler le 115 (c’est gratuit) et donner son nom. s’il reste encore des places, la personne devra aller à pied au centre indiqué.
En parlant avec les usagers de La Halte, j’ai découvert le fait suivant : à cause du manque de places, il existe une règle non officielle, selon laquelle une personne qui appele le 115 pourra dormir trois nuits de suite sur les centres d’hébergement et ensuite, elle devra rester trois nuits à la rue. C’est un fonctionnement officieux qui permet à tous de pouvoir dormir à l’abri à un moment donné.

C’est pourquoi personne à La Halte n’avait l’air dérangé par cette intrusion. Apparemment ils semblaient plus inquiets pour ceux qui arrivaient et qui trouvaient la porte fermée, le temps que la police arrive pour la déclaration. Les salariés sont alors sortis pour expliquer la situation et un peu plus tard ils ont commencé à proposer des cafés.

P’tit kawa @ Gorka

Il était clair pour tout le monde, que la personne n’était pas une inconnue. Mais pouvait-on reprocher à une personne de vouloir survivre?

“C’est un acte évocateur”, jugeait quelqu’un.

Le soir même, nous avons discuté de cette situation concernant l’hébergement sur Bordeaux et nous avons décidé de pas faire la nuit 115. Nous nous étions mis d’accord sur le fait que le plus important était de laisser la place pour ceux qui en avaient le plus besoin et que le projet devait passé après.

Le lendemain matin, le service à La Halte avait repris, à 09h00 la porte était de nouveau ouverte et petit à petit les fidèles commençaient à arriver. L’ambiance était agréable et conviviale. Une bonne odeur de café inondait l’endroit, le “Close to me” de The Cure sonnait à la radio, quelques personnes jouaient aux cartes, une autre somnolait sur un fauteuil et deux petits chiots se poursuivaient autour la salle.

« C’est tranquil ce matin » @ Gorka

“C’est tranquille ce matin” a déclaré un salarié, “ils doivent penser que c’est encore fermé”.
Normalement ce n’est pas comme ça. Dès la première heure, beaucoup de monde arrivent. La Halte ouvre une heure après la fermeture des centres d’hébergement. Cela dépend de la distance à parcourir jusqu’à La Halte. Ils arriveront alors plus ou moins tard. Pour la plupart, ils ont l’habitude de venir à pied.
Environ 30 personnes arrivent tous les jours, les heurts sont fréquents. Les sans abri sont d’habitude méfiants, et jaloux entre eux. Il arrive au minimum un incident par semaine. Le mélange est explosif : des personnes en souffrance psychique, des problèmes d’addiction, des jeunes en rupture, des immigrants, des alcooliques, des animaux; il est impossible de savoir quel sera le détonateur de la dispute.

Les salariés sont aimables y ils semblent connaitre toutes les personnes qui viennent. Ils sont accueillants et reçoivent tout le monde avec le sourire. Deux fois par semaine une infirmière et une travailleuse sociale se joignent à l’équipe pour faciliter l’accès aux soins pour les usagers.

Fort heureusement la journée à La Halte s’est terminé sans problème et nous avons eu la chance de voir le meilleur aspect du travail dans ce centre de jour.

Petit chiot @ Gorka


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Gorka
Correction : Caroline

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