mai 05

Table Ronde du 5 Novembre 2010 Bordeaux

par Michel CARBONARA

.
Deux personnes sont présentes à la réunion bordelaise.

Halte © Gorka

Sergio Stern indique que la parole est donnée aux gens de la rue, à l’occasion de l’étape Bordelaise, nous commençons par un témoignage.
Georges, « un être de la rue », qui essaie de trouver ses repères dans le monde. La vie est parsemée de problème chaque jour. Dans ma vie j’ai travaillé pour trouver mon pain de chaque jour… je n’ai pas toujours été dans la rue. Comme disait quelqu’un de sage, dans la vie il y a autant de hauts que de bas…
Sur l’urgence… il faudrait des structures appropriées… Il n’y a pas de motivation : pas de crèche, pas de demeure, tout est là, mais il n’y a rien de vraiment conçu pour que les gens se mettent à l’abri des risques du lendemain… Les gens ne trouvent pas leur justification, leur personnalité, leurs enfants et femmes perdues, leur quotidien… Si on trouve un endroit propre, ça va, sinon, on se débrouille avec la saleté…
Il n’y a pas de logique des choses… « tenant », des idées « tenant »…  Les gens marchent, robotisés… parmi d’autres qui ne sont pas plus vivants… Pas de base vivante… On se salut par politesse emblématique… mais qui n’est pas un salut pour la vie, ni pour créer…
Je n’ai rien à faire avec le 115 ; c’est comme se foutre de la gueule de l’autre… C’est comme si au lieu de le mettre en prison, vous le mettez à l’hôpital… La solitude devient alors pire… On tient les gens enfermés dans une solitude close… Cela revient pareil, cela se résume par la solitude…
On préfère être seul que mal accompagné… Que l’on soit à 2 ou à 10, et que le problème reste le même, cela n’avance à rien. Le problème ne se règle pas, à quoi bon marcher à 500. Chacun à une demande différente, une solitude différente…
M. Mira : c’est le cas typique de la démission de l’utilisation des services sociaux ; les gens sont usés… 120 refus par nuit au 115. A force de s’entendre dire qu’il n’y a plus de place nulle part, les gens ne sollicite même plus les services. Sur Bordeaux, la situation est très compliquée… On manque effectivement de places, de moyens…
A Emmaüs, on a une économie qui nous permet de ne pas trop demander de moyens à l’Etat. Mais le besoin de financements demeure…
Georges : Je suis bohème ; je me débrouille. L’été on peut dormir dehors… L’hiver c’est autre chose… On a des techniques différentes selon la saison… Je suis en conflit direct qu’avec moi-même.

Porte de Cailhau © Gorka

Sergio : cette étape Bordelaise porte la leçon de devoir s’adapter au lieu. La pensée est diagonale : arrêtez le monde, je veux descendre !! Il y a une actualité, une réalité donnée, qui va au-delà de ce que peuvent être les moyens, les attentes…
J’ai passé ma nuit au 115, dans un lieu clean, égal à tout un tas d’autres accueils d’urgence, peut être un peu mieux. L’unique point noir, c’est la difficulté à joindre le 115 : de multiples appels sans succès, et puis un accueil qui a duré 13 minutes… un temps qui permet peut être d’expliquer pourquoi le standard est embolisé… ou toujours occupé.
Au moment où l’on parle, il y a une manifestation à Paris, qui repose une problématique qui expose tous les hivers… Lorsque l’on est immergé dans l’immédiateté, l’urgence, on ne prend pas forcément conscience de choses fondamentales…
J’ai eu l’occasion de lire un article où l’on se posait la question suivante : comment se fait-il qu’en France, malgré les moyens mobilisés, on dénombre autant de personnes en difficulté et sans abri que dans des pays où il n’y a aucune intervention publique.
M. Mira : tous les pays n’ont pas les mêmes outils d’observation de la précarité. En France, on a par exemple des observateurs majeurs, qui produisent régulièrement des rapports, comme Emmaüs par exemple. En Espagne par exemple, ce dispositif existe-t-il ?
Un article de métro cite M. Apparu interrogé sur le mal logement : aujourd’hui, l’idée directrice est de sortir de la problématique de l’urgence pour aider les personnes à se loger plus durablement.
Cela implique des moyens pour l’accueil de jour, un travail de rue important, une articulation étroite entre les dispositifs d’urgence et ceux du logement. Mais on ne doit pas éluder le fait que quiconque aura passé deux ans dans la rue aura beaucoup de difficulté à se trouver dans un logement et s’y adapter aussitôt. On doit évoquer également la situation des personnes qui n’ont pas tous leurs moyens mentaux…
Face à ces situations, on doit réfléchir à des offres alternatives…

Porte de la Halte © Gorka

Je suis à la mameraie, c’est un CHRS d’urgence, et j’en ai bénéficié au bout de deux ans de galère… Malgré les solutions, j’ai toujours ce sentiment d’être pauvre, puisque je viens ici … J’essaie de me mettre à l’écart des problèmes, et j’avance dans ma vie comme je peux… Mais c’est galère parce que je peux retourner à la rue pour un rien… je risque de pêter les plombs, j’essaie de me contenir… Comme ça c’est passé hier, il y avait un gars : il avait des besoins qu’on a pas pu satisfaire : colère, haussement de voie, délire… et c’est l’ambulance qui l’a amené… Péter les plombs, cela nous met en limite avec la loi… On est mal habillé, on est noir, on est alcoolisé, on est sous toxique… forcément ça nous fait rejeter par la société… Mais il faut comprendre qu’on tient grâce à ça même si c’est vrai qu’aussi tout dégénère à cause de ça…
Sur le 115, il y a une organisation administrative qui n’est pas adaptée aux besoins peut être, mais, qui refuse du monde tout le temps… Tout le monde ne peut pas trouver la solution qui lui convient là…
Ici, on entend beaucoup parler de refus… de manque de place : c’est le cas. Ceux qui n’ont pas accès font des squatts… vont dans des parkings…
Le nombre de personnes qui vivent dans des abris de fortune, des squatts, à la rue, et ceux qui ne veulent pas avoir affaire avec le 115, on devrait les dénombrer à environ 500 personnes au moins qui n’ont aucun hébergement…
La pression est de plus en plus forte sur les haltes de jour. Les gens sont très tendus à l’égard du travail social, des services de l’Etat… On observe de plus en plus d’effraction, de casse, de tension dans les services….
La réponse bordelaise est de plus en plus associative qu’une réponse organisée d’Etat… Et elle a dépassé le seuil des potentialités de réponse…
On dénombre beaucoup de personnes parmi le public qui souffrent de maladie mentale. Entrer dans des projets d’insertion normatifs est incohérent…  On ne parle pas là de souffrance psychique seulement, mais surtout de souffrance mentale grave, absolue… de folie !
Dans les structures très ouvertes comme les haltes de jours, ces personnes restes que quelques minutes, parfois un seul salut suffit à les faire fuir… Cette recrudescence des malades mentaux, avec les personnes du troisième âge, sont les caractéristiques majeures de l’évolution du public ces dernières années. Beaucoup d’Espagnols en fuite de la crise économique nous ont rejoint également…
D’un côté on se rend bien compte de ces évolutions là ; chez nous les accueillis ont diminué, parce qu’une autre structure s’est ouverte à Bordeaux, avec un très faible seuil d’exigence, qui a fait partir les gens qui se trouvaient encore trop contraints ici, alors que les règles ne sont pas massives. Ceux dont on pourrait dire qu’ils ont de graves difficultés de socialisation et d’adaptation…
Le partenariat avec le 115 ? une question…
La halte reçoit 80 à 90 personnes les moments les plus forts, et 50 les jours où l’affluence est moindre… La fréquentation évolue en fonction du calendrier de versement du RSA…

L’interior de la halte d’Emmaüs © Gorka

.

M. Michel Carbonara
Directeur de Cap Méditerranée
Etat des Lieux – Table Ronde du 05/11/10 à Bordeaux

Commentaires fermés
commentaires

Commentaires fermés.