Category: Débats

mai 05

Table Ronde du 5 Novembre 2010 Bordeaux

par Michel CARBONARA

.
Deux personnes sont présentes à la réunion bordelaise.

Halte © Gorka

Sergio Stern indique que la parole est donnée aux gens de la rue, à l’occasion de l’étape Bordelaise, nous commençons par un témoignage.
Georges, « un être de la rue », qui essaie de trouver ses repères dans le monde. La vie est parsemée de problème chaque jour. Dans ma vie j’ai travaillé pour trouver mon pain de chaque jour… je n’ai pas toujours été dans la rue. Comme disait quelqu’un de sage, dans la vie il y a autant de hauts que de bas…
Sur l’urgence… il faudrait des structures appropriées… Il n’y a pas de motivation : pas de crèche, pas de demeure, tout est là, mais il n’y a rien de vraiment conçu pour que les gens se mettent à l’abri des risques du lendemain… Les gens ne trouvent pas leur justification, leur personnalité, leurs enfants et femmes perdues, leur quotidien… Si on trouve un endroit propre, ça va, sinon, on se débrouille avec la saleté…
Il n’y a pas de logique des choses… « tenant », des idées « tenant »…  Les gens marchent, robotisés… parmi d’autres qui ne sont pas plus vivants… Pas de base vivante… On se salut par politesse emblématique… mais qui n’est pas un salut pour la vie, ni pour créer…
Je n’ai rien à faire avec le 115 ; c’est comme se foutre de la gueule de l’autre… C’est comme si au lieu de le mettre en prison, vous le mettez à l’hôpital… La solitude devient alors pire… On tient les gens enfermés dans une solitude close… Cela revient pareil, cela se résume par la solitude…
On préfère être seul que mal accompagné… Que l’on soit à 2 ou à 10, et que le problème reste le même, cela n’avance à rien. Le problème ne se règle pas, à quoi bon marcher à 500. Chacun à une demande différente, une solitude différente…
M. Mira : c’est le cas typique de la démission de l’utilisation des services sociaux ; les gens sont usés… 120 refus par nuit au 115. A force de s’entendre dire qu’il n’y a plus de place nulle part, les gens ne sollicite même plus les services. Sur Bordeaux, la situation est très compliquée… On manque effectivement de places, de moyens…
A Emmaüs, on a une économie qui nous permet de ne pas trop demander de moyens à l’Etat. Mais le besoin de financements demeure…
Georges : Je suis bohème ; je me débrouille. L’été on peut dormir dehors… L’hiver c’est autre chose… On a des techniques différentes selon la saison… Je suis en conflit direct qu’avec moi-même.

Porte de Cailhau © Gorka

Sergio : cette étape Bordelaise porte la leçon de devoir s’adapter au lieu. La pensée est diagonale : arrêtez le monde, je veux descendre !! Il y a une actualité, une réalité donnée, qui va au-delà de ce que peuvent être les moyens, les attentes…
J’ai passé ma nuit au 115, dans un lieu clean, égal à tout un tas d’autres accueils d’urgence, peut être un peu mieux. L’unique point noir, c’est la difficulté à joindre le 115 : de multiples appels sans succès, et puis un accueil qui a duré 13 minutes… un temps qui permet peut être d’expliquer pourquoi le standard est embolisé… ou toujours occupé.
Au moment où l’on parle, il y a une manifestation à Paris, qui repose une problématique qui expose tous les hivers… Lorsque l’on est immergé dans l’immédiateté, l’urgence, on ne prend pas forcément conscience de choses fondamentales…
J’ai eu l’occasion de lire un article où l’on se posait la question suivante : comment se fait-il qu’en France, malgré les moyens mobilisés, on dénombre autant de personnes en difficulté et sans abri que dans des pays où il n’y a aucune intervention publique.
M. Mira : tous les pays n’ont pas les mêmes outils d’observation de la précarité. En France, on a par exemple des observateurs majeurs, qui produisent régulièrement des rapports, comme Emmaüs par exemple. En Espagne par exemple, ce dispositif existe-t-il ?
Un article de métro cite M. Apparu interrogé sur le mal logement : aujourd’hui, l’idée directrice est de sortir de la problématique de l’urgence pour aider les personnes à se loger plus durablement.
Cela implique des moyens pour l’accueil de jour, un travail de rue important, une articulation étroite entre les dispositifs d’urgence et ceux du logement. Mais on ne doit pas éluder le fait que quiconque aura passé deux ans dans la rue aura beaucoup de difficulté à se trouver dans un logement et s’y adapter aussitôt. On doit évoquer également la situation des personnes qui n’ont pas tous leurs moyens mentaux…
Face à ces situations, on doit réfléchir à des offres alternatives…

Porte de la Halte © Gorka

Je suis à la mameraie, c’est un CHRS d’urgence, et j’en ai bénéficié au bout de deux ans de galère… Malgré les solutions, j’ai toujours ce sentiment d’être pauvre, puisque je viens ici … J’essaie de me mettre à l’écart des problèmes, et j’avance dans ma vie comme je peux… Mais c’est galère parce que je peux retourner à la rue pour un rien… je risque de pêter les plombs, j’essaie de me contenir… Comme ça c’est passé hier, il y avait un gars : il avait des besoins qu’on a pas pu satisfaire : colère, haussement de voie, délire… et c’est l’ambulance qui l’a amené… Péter les plombs, cela nous met en limite avec la loi… On est mal habillé, on est noir, on est alcoolisé, on est sous toxique… forcément ça nous fait rejeter par la société… Mais il faut comprendre qu’on tient grâce à ça même si c’est vrai qu’aussi tout dégénère à cause de ça…
Sur le 115, il y a une organisation administrative qui n’est pas adaptée aux besoins peut être, mais, qui refuse du monde tout le temps… Tout le monde ne peut pas trouver la solution qui lui convient là…
Ici, on entend beaucoup parler de refus… de manque de place : c’est le cas. Ceux qui n’ont pas accès font des squatts… vont dans des parkings…
Le nombre de personnes qui vivent dans des abris de fortune, des squatts, à la rue, et ceux qui ne veulent pas avoir affaire avec le 115, on devrait les dénombrer à environ 500 personnes au moins qui n’ont aucun hébergement…
La pression est de plus en plus forte sur les haltes de jour. Les gens sont très tendus à l’égard du travail social, des services de l’Etat… On observe de plus en plus d’effraction, de casse, de tension dans les services….
La réponse bordelaise est de plus en plus associative qu’une réponse organisée d’Etat… Et elle a dépassé le seuil des potentialités de réponse…
On dénombre beaucoup de personnes parmi le public qui souffrent de maladie mentale. Entrer dans des projets d’insertion normatifs est incohérent…  On ne parle pas là de souffrance psychique seulement, mais surtout de souffrance mentale grave, absolue… de folie !
Dans les structures très ouvertes comme les haltes de jours, ces personnes restes que quelques minutes, parfois un seul salut suffit à les faire fuir… Cette recrudescence des malades mentaux, avec les personnes du troisième âge, sont les caractéristiques majeures de l’évolution du public ces dernières années. Beaucoup d’Espagnols en fuite de la crise économique nous ont rejoint également…
D’un côté on se rend bien compte de ces évolutions là ; chez nous les accueillis ont diminué, parce qu’une autre structure s’est ouverte à Bordeaux, avec un très faible seuil d’exigence, qui a fait partir les gens qui se trouvaient encore trop contraints ici, alors que les règles ne sont pas massives. Ceux dont on pourrait dire qu’ils ont de graves difficultés de socialisation et d’adaptation…
Le partenariat avec le 115 ? une question…
La halte reçoit 80 à 90 personnes les moments les plus forts, et 50 les jours où l’affluence est moindre… La fréquentation évolue en fonction du calendrier de versement du RSA…

L’interior de la halte d’Emmaüs © Gorka

.

M. Michel Carbonara
Directeur de Cap Méditerranée
Etat des Lieux – Table Ronde du 05/11/10 à Bordeaux

Commentaires fermés
comments

avr 28

Etat des Lieux vu par Bruno GRANDSIRE

Vidéo projeté au quatrième atelier de la DiHAL qui resume l’experience autour les cinq villes que ont composées « Etat des Lieux ».

Bruno: Nous avons produit un court-métrage pour relater notre expérience : « On ne peut pas accepter qu’une frange de la population n’ait pas accès à une réponse sociale ».
.

Vidéo de 8:09 mn
Montage: Bruno
Images : Bruno, Sergio, Anne.

1
comments

avr 18

Quatrième atelier de la DiHAL :
Les sans-abri dans la société

Ouverture
Alain REGNIER, Préfet délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans-abri ou mal logées
Bonjour à tous et merci de votre présence.
La grande exclusion et la précarité progressent. Pendant de nombreuses années, notre pays a été très en retard quant à la reconnaissance de la place donnée à la personne dans les politiques publiques.
Hier après-midi, j’animais un comité de pilotage du plan d’humanisation des structures d’hébergement. Même lorsque le réseau national appuie les initiatives locales, dans plus d’un tiers des cas les structures refusent de faire participer les usagers à la définition du projet de rénovation des structures d’hébergement. Nous comptons désormais 14 établissements irréductibles pour lesquels les usagers n’ont pas été associés au projet d’humanisation.
L’année prochaine, nous fêterons les dix ans de la loi 2002-2 qui réformait le secteur sanitaire et social et prévoyait explicitement la participation des usagers dans les structures. Aujourd’hui le bilan est très hétérogène. Dans le cadre de la réforme sur l’organisation de la prise en charge des publics les plus fragiles, j’ai incité l’administration à mettre en place avec l’Armée du Salut des modalités de représentation des usagers. Ils ont ainsi pu participer aux comités de suivi de la refondation. Pour la première fois, ces usagers ont pu s’exprimer lors d’une rencontre nationale entre l’ensemble des associations, Nathalie Kosciusko-Morizet et Benoist Apparu. La DiHAL, l’Armée du Salut et le monde associatif réfléchissent à une régionalisation de la parole des usagers.
Chacun a droit à la parole dans notre société. J’aimerais organiser en cours d’année une rencontre nationale sur ces sujets.

Atelier de la Dihal © Gorka

Rappel historique : « Les représentations sur les gens à la rue par les autres » ; « Le vécu dans la rue par les sans-abris »
Eric KERIMEL DE KERVENO, Directeur d’HAS
Jusqu’aux XIIème ou XIIIème siècles, le pauvre devait bénéficier de la charité par esprit assurantiel car tout pauvre pouvait être Dieu. En l’an 1000, l’apocalypse se produit avec le mal des ardents. Les membres noircissent, les malades ont des hallucinations et des paroles diaboliques. Or puisque le pauvre est l’image de Dieu, celui-ci ne peut pas être diabolique. C’est pourquoi Saint Thomas d’Aquin distingue alors les pauvres de Dieu – qui ont donc droit à la charité et à la compassion– et les pauvres du diable qui sont fautifs. Cette dichotomie s’installera durablement. Les pauvres de Dieu sont accueillis dans l’hôtel-Dieu tandis que les pauvres du diable sont enfermés dans des dépôts de mendicité.
En 1793, un député énonce que le terme de pauvreté ne figure pas dans le dictionnaire républicain. Les pauvres sont donc enfermés pour les cacher de la foule, en vertu d’une loi de 1811 qui ne sera abrogée qu’en 1995. Le dernier dépôt de mendicité a fermé dans les années 60. On demandait aux pauvres du diable la rédemption par le travail et la prière.
Nous sommes donc les héritiers d’une longue tradition qui dépasse largement l’échelle de notre pays. Comment imaginer des structures d’hébergement reposant sur la participation des usagers ? Aujourd’hui, nous voulons toujours garder les pauvres à distance, comme s’ils nous renvoyaient à un autre soi que nous méprisons. Nous leur dénions la parole comme si le fait d’être SDF enlevait la pensée. Notre secteur social doit proposer une relation à l’autre différente.
L’état des lieux organisé notamment par Sergio Stern a permis un changement de paradigme. La prise en compte de la parole des sans-abri est source de richesse pour les institutions.
Alain REGNIER
L’un des candidats aux élections municipales de Budapest préconisait d’instaurer un délit de posture de mendicité. En outre, l’année dernière, l’adjoint au maire de Prague souhaitait créer une structure appelée « l’oasis » pour y enfermer les pauvres à distance de la ville. Ces sujets sont donc prégnants à l’échelle européenne.
.
La notion de « participation des usagers » et sa traduction opérationnelle à l’échelle nationale
Sophie CHEVILOTTE, Armée du Salut
Je suis accompagnée d’Alain, ancien élu du CCPA et devenu élu suppléant.
Le CCPA a été créé pour travailler à la refondation du dispositif d’hébergement et de réinsertion.
Il est toujours plus difficile pour les sans-abri de prendre la parole. C’est pourquoi il importe qu’ils puissent intervenir en nombre. L’objectif du CCPA est de faire de la participation des personnes accueillies/accompagnées et des intervenants sociaux un outil de lutte contre l’exclusion, un mode de gouvernance et un droit à l’exercice de la citoyenneté.
Alain, élu suppléant du CCPA
Je crois qu’il existe aujourd’hui une volonté de dépasser la notion de pauvreté pour aborder le sans-abri comme un citoyen. Il s’agit de réfléchir ensemble à la construction d’un mieux vivre ensemble. Les personnes accueillies sont de plus en plus souvent amenées à s’exprimer sur les politiques publiques.
Dans la mesure où les outils de réinsertion par l’accès au logement sont gérés par les conseils généraux, il n’existe pas d’équité d’accès au niveau national. C’est pourquoi le CCPA a demandé au ministre de réunir l’Assemblée des départements de France, les ONG, les grandes fédérations et le CCPA afin d’harmoniser les pratiques à l’échelon national. Or toutes les préconisations émises par le CCPA ne seront pas forcément prises en compte.
Le fait de permettre à des personnes qui ont vécu à la rue pendant de longues années de s’exprimer constitue une avancée et leur permet de conserver leur citoyenneté et ainsi leur dignité.
(…)

Alain © Gorka

Eric KERIMEL DE KERVENO
La difficulté à prendre la parole n’est pas propre aux sans-abri.
Sergio Stern invite les sans-abri à prendre en photo les SDF, dans une démarche artistique. Ces photographies sont enfermées dans des boîtes noires comportant des petits trous. Cela reflète la manière dont la société regarde les sans-abri.
La participation des usagers sur le terrain à l’échelle locale, l’expérience menée à CASA et HAS : de « 2hors-2dans » à « Etat des lieux » : la participation des usagers sous l’angle artistique
Renaud DRAMAIS, Directeur de l’association CASA
En 2001, nous avons créé l’association CASA et décidé de squatter un immeuble situé dans Lyon intra muros en s’appuyant sur les lois concernant la réquisition des locaux publics.
Les membres de l’association ont perçu le terme « d’usager » comme réducteur. L’emploi de ce terme a toujours eu tendance à enfermer les personnes dans leur statut, oubliant qu’elles peuvent être acteurs et citoyens à part entière au même titre que les travailleurs sociaux.
Il s’agit de concevoir des dispositifs d’accompagnement et d’hébergement laissant une place importante à l’initiative des usagers. Soulignons l’importance du mot « action » dans l’intitulé de notre association.
Notre action culturelle s’exprime à travers un lieu artistique appelée « espèce d’espace ». La création artistique permet de redonner du sens à l’action. Les artistes s’autorisent la mise en question des normes et la liberté d’être eux-mêmes, qui fait parfois écho à celle des personnes fortement désocialisées.
C’est par l’association des compétences et des connaissances que surgit parfois la possibilité d’une nouvelle action.
Gilbert
Nous n’avons pas forcément un outil défini pour chaque personne. C’est pourquoi nous sommes dans une dynamique de coproduction. Nous devons nous montrer inventifs.
Il importe de développer des partenariats avec l’extérieur dans la mesure où nous ne sommes qu’une petite structure.
Comment peut-on développer une démarche d’accompagnement adaptée à chacun ?
Anne BOUYER
Sergio Stern nous a demandé notre aide pour réaliser son projet Etat des lieux. Il s’agissait de proposer des ateliers artistiques aux sans-abri de cinq villes (Marseille, Bordeaux, Lille, Paris et Toulouse) et d’établir un état des lieux des accueils d’urgence (le 115) qui fonctionnent différemment selon les villes. Nous avons essayé de trouver des appuis auprès de quelques associations.
Je pense qu’il faut se montrer solidaire car la rue change rapidement les personnes. L’autogestion encadrée est possible ; nous pouvons tous apporter des solutions.
Bruno GRANDSIRE
La priorité n’est pas de créer des structures nouvelles mais d’accompagner les personnes. Nous n’avons pas le statut de travailleur social mais avons simplement mis un outil source de lien à la disposition des sans-abri.
Nous avons produit un court-métrage pour relater cette expérience : « On ne peut pas accepter qu’une frange de la population n’ait pas accès à une réponse sociale ».

Bruno GRANDSIRE, Sergio STERN et Anne BOUYER © Gorka

L’étape toulousaine et les perspectives qu’elle a fait naître
Martine LACOSTE, Association Clémence Isaure, Toulouse
J’associe la question de la parole des usagers à celle du sida qui a fait rage dans cette population en 1986. Les malades du sida étaient considérés comme responsables de leur maladie. Or ils ont pris la parole pour dire qu’ils n’étaient ni le diable ni Dieu, mais des humains. Cette mutation du praradigme a permis d’accepter la parole de l’usager comme un élément central.
La loi de 2002-2 a sacralisé la parole. Il ne s’agit pas tant de donner la parole que de lui permettre d’initier le changement. L’expérience d’un sujet est fondamentale dans la détermination de son futur. La parole des usagers n’est pas seulement ce qu’ils disent mais aussi ce qu’ils font. Beaucoup d’initiatives sont issues de squats repris par des travailleurs sociaux. Certains usagers sont devenus des salariés d’institutions. Nous devons nous battre pour reconnaître de façon citoyenne les actes et les paroles des usagers.
Comment peut-on être aidés dans la mise en œuvre de l’accompagnement des sans-abri ?
Je rentre du Forum européen à la sécurité urbaine de Vienne. Nous sommes en train d’élaborer une résolution dans laquelle la place des usagers sera rendue obligatoire dans l’élaboration des politiques publiques. Je souhaite qu’un maximum de villes de France puissent être signataires de cette charte.
La notion de collaboration dans les institutions avec les hébergés
Des relations à géométrie variable dans le temps…
Un contrat perpétuellement renégocié…
Michel CARBONARA, Consultant médico-social
Vous allez me dire que j’en fais une affaire personnelle. Or à notre époque, peut-il en être autrement ?
Je souhaitais vous faire part de quelques observations concernant les rapports de l’équipe autour du projet Etat des lieux. Ce projet est un cas d’école qui déplace les lignes de partage entre le champ professionnel, le champ militant et celui des bénéfices supposés d’une action.
Le projet est devenu commun à l’association dans l’espace public. L’espace public n’est alors plus celui exclusif du vis-à-vis entre le travailleur social et la personne qu’il est censé aider.
Il n’existe pas de hiérarchie des savoir-faire au sein de l’équipe.
L’usager a été mis en capacité de négocier.
Les intervenants n’ont ni contrat de travail ni contrat de bénévolat. La relation est tout autre que celle de l’assistance à l’usager.
J’ai été assistant social dans les années 80. Je retiens que les personnes ne sont pas réductibles à leurs problèmes. L’aide que nous apportons comporte une part d’indétermination qui nous permet de sortir de l’approche mécaniste des parcours d’insertion.
Nous parlons beaucoup des travailleurs et des usagers mais je crois qu’il existe un fondement politique à l’engagement des associations. Je pense que les conseils d’administration devraient jouer un rôle plus grand dans cet engagement.
.
Débat avec le public de la salle

L’association que j’anime s’occupe de l’insertion des jeunes majeurs. Il ne suffit pas de trouver un logement et un emploi aux jeunes pour qu’ils les gardent. Selon le regard qui se pose sur eux, ils sont perçus soit comme des exclus soit comme des personnes souffrant de difficultés d’intégration. Le regard posé sur les sans-abri revêt une importance essentielle, qu’il s’agisse du regard individuel ou du regard de la société.
Dans le court-métrage, nous entendions « Le monsieur cherche une place », sous-entendu une place d’hébergement. Or il cherche surtout une place dans la société.
Nous avons la culture du morcellement. Le logement et l’habitat sont des notions différentes. Avec l’UDAF, nous créons des habitats pluriels. Je crois qu’il faut plutôt donner de la socialité à nos actions.
Alain
Vous parlez de socialité. Les propositions de logement sont adaptées à une personne donnée à un moment donné. Le logement d’un sans-abri dans un HLM ne peut pas fonctionner. Il faut favoriser la mixité sociale. Cela permet de ne plus voir que des problématiques mais des individualités.
De la salle
Les gens qui vivent à la rue sont extraordinaires car ils ont su mettre en place des stratégies de survie. Il faut que nous fassions preuve de plus d’humanité.
De la salle, Secours catholique 92
Il faut aussi s’interroger sur le regard que les sans-abri portent sur nous. Lorsqu’on les fait participer à des ateliers de réinsertion, ils exercent une activité semi-professionnelle. Nous devons organiser un suivi. Nous souffrons d’un manque de relations entre les différents centres d’accueil. Les initiatives artistiques et semi-professionnelles permettent d’améliorer l’image que les sans-abri ont d’eux-mêmes. Outre l’aide alimentaire, la notion de dialogue est essentielle.
Eric KERIMEL DE KERVENO
Lorsque nous avons rénové les locaux, le personnel a demandé des WC réservés au personnel. Or cela renvoie une image négative aux sans-abri.
Comment peut-on réaliser des synthèses sans faire participer les personnes dont on parle ? Je crois que la participation doit devenir un fait quotidien, à toutes les étapes. La participation commence lorsque la personne ouvre la porte de nos structures.

Gilbert et Renaud © Gorka

Renaud DRAMAIS
Gorka Ortega est venu dans l’association dans le cadre d’un projet européen.
Gorka ORTEGA
Je remercie Renaud Dramais et Sergio Stern de m’avoir donné l’occasion de participer au projet et de connaître ainsi le travail social en France. A Paris, des associations offrent des alternatives aux dispositifs officiels et en particulier des possibilités de participer. Ce type de projets doit être développé pour donner la parole à des personnes qui habituellement ne l’ont pas.
Michel CARBONARA
Nous devons insister sur le « faire faire » et ainsi développer les ateliers à destination des sans-abri. Je commence à observer une autonomisation du CVS, par l’intermédiaire d’une prise d’initiatives intéressante accompagnée d’un encadrement minimum.
De la salle
Je suis contente qu’une telle diversité de dispositifs de parole publique existe pour les sans-abri mais il est regrettable que l’on soit obligé d’en inventer autant. Les écouter devrait être tellement naturel.
Michel CARBONARA
Il est préférable que la parole reste naturelle et ne résulte pas d’un dispositif obligatoire.
Alain
La loi 2002-2 a créé un outil fort intéressant donnant enfin aux sans-abri la possibilité de se manifester. Il est toutefois regrettable que cette loi n’ait pas prévu de ligne budgétaire correspondante.
Les usagers peuvent être les acteurs de leur propre changement.
Martine LACOSTE
Jusque dans les années 90, on a considéré qu’il fallait accompagner les personnes toxicomanes. Le changement de paradigme est intervenu lorsqu’on a commencé à accorder la parole même aux personnes qui ne voulaient pas se soigner. Leur parole est tout autant respectable. La santé intime nous a un peu coupés des notions de santé publique.
La responsabilisation des personnes est une réussite.
Alain REGNIER
Demander aux sans-abri d’être acteurs de leur projet de vie n’est pas évident. On exige d’eux qu’ils se montrent exemplaires alors les citoyens sont de plus en plus consommateurs et de moins en moins acteurs de la société.
Je n’ai jamais réussi à convaincre un gouvernement de dépenser 3 millions d’euros pour une campagne visant à changer le regard du public sur les  sans-abri car c’est un sujet qui dérange.
Je pense que le modèle de l’Etat-providence est désormais dénué de sens. Nous observons une perte de sens générale. Les citoyens sont mis dans une situation de concurrence dans tous les domaines. La précarité est aujourd’hui produite en masse. Comment réintroduire ces questions dans le débat public ?
Lorsque j’ai proposé la création du CCPA, j’ai obtenu un nihil obstat mais on ne m’a pas octroyé de mandat particulier. Je souhaiterais que ce court-métrage soit diffusé dans les cinémas d’art et d’essai de nombreuses villes pour provoquer le débat. Ces questions doivent interpeller les citoyens et pas seulement les institutions.
Le regard sur les sans-abri doit changer. Si nous voulons travailler pour les générations à venir, il faut s’engager dans de profonds changements. Se pose la question de l’encadrement des structures. Le dirigeant n’est pas seulement un gestionnaire ; ce n’est pas qu’un problème de financement mais aussi de choix politique.
Eric KERIMEL DE KERVENO
Albert Jacquard a dit :« Il faut regarder chaque être comme une source ».
La question du financement est importante mais il faut une conviction première de l’égalité. Nous devons reconnaître l’autre dans son droit (nomos, qui est aussi son nom) et dans sa plénitude.
Martine LACOSTE
Les propos d’Alain Régnier sont bouleversants en ce qu’ils évoquent la perte de sens de notre société. Lorsque vous évoquez la notion de citoyen concurrentiel, on voit comment l’individu peut être un petit capitaliste à lui tout seul. Il doit gérer tous les aspects de sa vie. Cette gestion qui décompose l’individu en segments œuvre vers une schizophrénie. Il n’existe rien de pire pour le sens et la cohérence. Comment les valeurs de dignité et de respect peuvent-elles s’incarner dans notre société moderne ?
Nous entendons beaucoup parler du RSA. Il me semble que la notion de vulnérabilité de personne fragile est oubliée. Parce que les individus sont responsables, leur histoire personnelle, leurs traumatismes, n’existent plus.
Cynthia Fleury parle de la notion de courage : aujourd’hui le plus difficile est de résister. Comment peut-on retrouver des groupes de résistance, de réflexion, d’oxygénation et du sens pour soi-même et pour un groupe ?
En tout cas le fait que ces réflexions prennent place au sein de la DiHAL a du sens.
De la salle
Je trouve les propos d’Alain Régnier encourageants.
Alain REGNIER
La pauvreté du débat public me dérange. Face à la pression de conformité dans cette société, il faut du courage pour assumer des positions différentes. Je pense qu’il ne faut pas se résigner. Comment reconstruire un pacte social ?
Peu de nos élus nationaux se sont intéressés aux sujets de l’exclusion et de la pauvreté. En donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas, nous contribuons à alimenter le débat public.
De la salle, ancien SDF
J’ai assisté très récemment à une réunion sur les questions d’éthique. Je pense qu’il faut donner aux autres les mêmes droits que ceux que l’on revendique pour soi-même. Or nous nous effondrons dans les revendications catégorielles. Il faut offrir un minimum de sûreté aux sans-abri dans les structures d’hébergement d urgence. J’ai été braqué au milieu de la nuit par un voisin. Il a reconnu les faits mais ne s’est pas rendu au tribunal et n’a jamais été reconvoqué. Le braquage est certes relativement rare mais les vols sont quotidiens et n’intéressent personne.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, on a mis l’accent sur la nécessité de recueillir l’assentiment de la personne. Or il me semble qu’on a désigné une catégorie de parias pour lesquels il serait possible de décider pour eux et en particulier de les séquestrer. Rien n’est fait pour que la dignité de la personne soit respectée.
Nous assistons à une montée des dérives.
La sûreté n’est pas la sécurité.
De la salle, Secours catholique
Vos propos sont au cœur du débat actuel. Notre devoir est de faire en sorte que les droits soient respectés.

Alain REGNIER © Gorka

Conclusion
Alain REGNIER
Depuis la charte de Jean Sans Terre, la loi existe pour éviter le rapport de forces. Nous avons essayé de construire un Etat où la loi protège les individus. Nous devons œuvrer pour promouvoir l’Etat de droit.
Nous nous sentons tous un peu seuls à porter ce débat. Continuez à valoriser ces expériences. La culture est un élément essentiel de l’humanité ; il faut poursuivre dans cette voie.

Commentaires fermés
comments

oct 20

Table Ronde du 30 Septembre 2010 Marseille

par Michel CARBONARA

.
Cette retranscription n’est pas exhaustive ; il s’agit de propos recueillis au fil des échanges ; certains passages sont plus complets que d’autres, en fonction de la rapidité d’élocution, ou des interactions qui ont eu lieu autour de la prise de note. Peut être un peu d’interprétation s’est glissée dans les phrases, pour reconstituer ce qui venait d’être dit. Toute intervention sur ce texte – pour le compléter ou l’amender –  de la part des personnes citées est donc libre.

Vue général du débat © Gorka

Introduction – M. Sergio Stern
Nous avons passé quelques nuits au 115 ; c’est l’objet du débat, que de parler de l’urgence. Je vous passe le bonjour de M. Alain Raignier, qui vous remercie de votre collaboration (M. Le Préfet Interministériel en charge du chantier permanent pour l’accueil des sans abris).
L’enjeu de notre travail est de donner la parole aux personnes qui vivent dans la rue, à travers des échanges, à travers l’expression artistique…
Rationalité et logique. Je pense que le nœud du problème est entre la rationalité –  réalité quotidienne pure – et la logique, celle de l’urgence dans laquelle entrent les hommes. Pour l’accueil des sans abris dans l’urgence, on a construit un édifice entre l’Hôpital et les taules, le « iouf ». On prétend proposer un lieu de vie dans des bâtisses pareilles. On peut certainement imaginer mieux, surtout en matière d’urgence ; c’est là qu’on peut avoir une accroche, comprendre sur quel chemin se trouvent les personnes. Comprendre, ça ne veut pas dire accepter, mais c’est faire l’effort de savoir où l’autre se trouve sur  le chemin.
Je vous raconte ma nuit au 115 ; je suis arrivé à La Madrague, on m’a dirigé vers un bungalow neuf, on a dormi avec la porte et la fenêtre ouvertes ; il faisait très froid ; il y avait quelqu’un avec nous qui ne s’était pas lavé depuis longtemps. Les salariés ont remarqué cette personne. Ils n’ont pas le temps de la comprendre, de l’approcher, parce qu’on vit dans la logique de l’urgence. Il faut sortir de cette logique, sinon, on va y rester dans l’urgence.
J’invite chacun à sortir de cette logique de l’urgence, pour comprendre.

.

Le témoignage de « M. Lambda » : Alcide à La Madrague
Compte tenu des crises, j’observe que dans toutes les villes que je traverse, l’effet de la fracture sociale touche des gens de plus en plus nombreux, et qui ne sont pas forcément très différents de moi sur le plan de l’éducation.  J’ai été très jeune sensibilisé aux questions liées à la pauvreté ;  très tôt, alors que j’étais enseignant à la fac, j’ai pris des positions qui m’ont amené à m’immerger dans les conditions de vie des gens de la rue, à travers des expériences de quelques nuits dormies dans la rue…
A la Madrague, ma démarche a été celle de l’anthropologue qui tente d’expérimenter ce que vit l’Autre, pour mieux comprendre. En France, il n’y a pas d’éducation citoyenne  à l’école…
La sociologie est un sport de combat comme le disait Bourdieu.
A La Madrague, il n’y a pas de plante, pas de décor, on bouffe dans du plastique, on dort dans du papier… Tout est recyclable, mais c’est un gâchis énorme.
Dans les gens qui m’ont reçu, il y en avait de très gentil. Ils voyaient bien que j’étais bien éduqué. On y trouve une certaine cordialité, et de l’ouverture à l’autre.
Parmi les gens qui sont reçus, il y a beaucoup de barges ; moi j’en suis, mais certains le sont bien au-delà encore. Ce matin, j’ai vu une femme très élégante ; je lui ait fait un compliment ; elle s’est murée ; j’allais pas l’agresser.  A chaque fois que j’ai essayé d’engager la conversation avec un voisin de table… c’était …
J’ai entonné une chanson à l’attention de quelqu’un qui avait un chapeau : « chapeau ça fait très distingué… » et là on a engagé la conversation.
Dans mes promenades nocturnes, dans la rue,  il y avait « un noir » dont je veux évoquer l’interpellation par les forces de l’ordre, la fouille, la violence subie… et discriminatoire c’est certain ; il n’y avait rien dans son comportement qui pouvait attirer cette violence. J’ai vu la même chose quelques temps après avec des arabes qui n’avaient pas de raison d’être traités aussi durement.
Je souhaite souligner la chaleur avec laquelle j’ai été accueilli à La Madrague, où les attitudes des hôtes relèvent de la pure courtoisie. Et puis, il y avait aussi des gardiens plutôt bougons ; celui qui sert la nourriture est un ours mal léché… !
Je pense qu’on pourrait induire un comportement plus sociable, dans les lieux, en disant « agir ensemble c’est agir plus efficacement » ; on pourrait introduire, par de petits gestes, davantage de sociabilité. Dire aux gens «ici,  vous êtes avec les autres » !
.
Intervention M. Gilles Chalopin, directeur de l’UHU de La Madrague
Je tiens tout d’abord à remercier les intervenants pour leurs propos mesurés.
L’UHU de La Madrague est une structure de bas seuil d’exigence ; les gens accueillis y sont très divers : de la personne très marginalisée, et/ou souffrant de maladie mentale et cumulant des difficultés, à la personne lambda se heurtant à des difficultés sociales majeures.

M. Gilles Chalopin © Gorka

Vous avez évoqué le problème de l’hygiène. Les comportements sont divers à l’égard de cette question de la propreté. Certains sont totalement autonomes ; d’autres s’y attèlent à force de négociation ; d’autres enfin sont totalement récalcitrants au point d’en être blessé, ou malade. Comment inciter, vivement, sans être maltraitant ? Comment éviter d’exclure, sans que cela soit trop rebutant pour les autres… C’est très difficile. Nous essayons de faire au mieux.
Je dois dire que je suis en admiration devant les salariés qui travaillent dans notre équipe, et je vous remercie d’avoir mentionné leurs efforts. En hiver nous sommes parfois dans les lieux avec 350 personnes ; c’est une situation quasiment inhumaine. L’ambiance est très tendue, il y a de nombreux conflits à réguler… Certaines personnes manifestent des troubles mentaux, d’autres sont sous l’emprise de l’alcool, d’autres sous celle de la désespérance… Tout cela donne une situation très complexe.
Répondant à une question de M. Alain Guilleux (directeur de l’ANEF Provence) sur le nombre de 18-25 ans accueillis, M. Chalopin indique qu’ils représentent environ 15% du public.
Nous essayons de faire en sorte que les jeunes ne restent pas ; parfois, ils s’y trouvent bien, et cherchent les conseils des anciens ; cela ne nous paraît pas très constructif pour eux, et nous préférons les orienter vers La Roseraie.

Intervention de M. Jack Deltil, Responsable de Service à l’Armée du Salut à Marseille
Il présente l’expérience de la réalisation de la bâche artistique au Hameau, avec l’association CASA.
C’était une journée très agréable, au soleil, dans un lieu (Le Hameau) propice à ce type de tâche. Il s’agissait donc d’élaborer une bâche, un message visuel… fait de photos, de dessins et d’écriture. On doit d’abord dire que la participation n’a pas été massive, il faut bien le dire. Mais les personnes présentes se sont pleinement impliquées, avec humour, attention, organisation et plaisir. Elles ont ainsi pu très activement participer à la fabrication même de la bâche, à un reportage, photo et filmé…dans un cadre convivial : celui du Hameau. Le Hameau, est un dispositif d’accueil des personnes sans condition, un lieu alternatif, qui associe hébergement autonome et vie en collectivité, dans des constructions écologiques (les toits sont végétalisés, les murs sont en bois, etc.). L’admission s’y fait sans condition, mais cela ne veut pas dire que la vie au Hameau se fait sans règle. Ces règles sont discutées au quotidien avec les résidents.
.
M. Michel Carbonara fait part de son témoignage à propos du Hameau.
Hier j’avais rendez-vous au Hameau avec Sergio Stern pour préparer cette matinée de rencontre. Je voulais évoquer :
l’accueil des résidents : ils m’ont aussitôt pris en charge à mon arrivée – entre l’arrosage des fleurs et une gorgée de café ; ils m’ont mis à l’aise, renseigné, et finalement conduit jusqu’à Sergio, dans une atmosphère très agréable.
lorsque nous nous sommes parlés avec Sergio – comme beaucoup de moments autour d’Etat des Lieux – notre réunion a été filmée ; cela devait être un échange technique, simple et banal comme il en est ; c’est devenu un plateau télé improvisé, à la fois drôle et professionnel.
dans ce balais de caméra, appareil photo, et perche du preneur de son, une « camarade » s’est mise en colère, parce qu’elle se sentait à l’écart. Immédiatement, les autres se sont affairés à ce qu’elle trouve sa place ; quelques minutes après, elle m’interviewait devant les objectifs… J’étais gêné, car je n’ai pas l’habitude. Ses questions étaient très précises, ça coulait, c’était une expérience humaine très intéressante, simple et riche.
.

je suis un peu timide… © Gorka

.
M. Noël est invité par Sergio Stern à parler du Hameau

Je m’appelle Noël. Un jour j’étais là, dans la rue, et en discutant avec un intervenant de la maraude, il m’a expliqué le projet du hameau. Cela m’a plu, et alors j’ai voulu y aller. Maintenant j’y vis, avec l’envie de rester là, le plus longtemps possible.  Voilà… je suis un peu timide… (Applaudissements).

.
Intervention de M. Vincent Girard
J’ai entendu des mots, j’ai relevé quelques phrases ou quelques concepts, pris au vol…
.

quelques concepts, pris au vol… © Gorka

La notion d’accueil et d’urgence, peut on accueillir dans l’urgence ?
Une question de taille ?
Un comportement courtois…
Du dialogue…
Récalcitrant…
360 personne c’est inhumain !
Travailler sur le tas…
Incident…
Ivrogne…
Vin mauvais…
Milieu dégradant…
(non exhaustif)
.
Je suis très content que l’on se retrouve ensemble pour créer de l’original. Je remercie aussi M. Chalopin d’être venu parmi nous ; il ne doit pas avoir l’habitude dans son quotidien de retrouver des ambiances aussi conviviales. Je reconnais que le cadre dans lequel il exerce est très difficile. Je connais l’endroit depuis longtemps, à chaque fois que j’en sors je suis terrorisé. Un endroit entre l’hôpital et la prison disait Sergio : c’est bien un endroit où se donnent rendez vous les damnés de la terre.
Avec les initiatives des uns et des autres, on est en train d’apporter des réponses alternatives, par petites touches successives. On peut avoir l’espoir qu’un jour la palette des réponses à la diversité des situations soit couverte.
On peut aussi souligner l’intérêt des réponses qui viennent des personnes elles mêmes ; mais attention à l’idéologie de la participation. Celle-ci nécessite de l’action, avec un juste équilibre entre le fait de repérer les compétences de chacun, et de les accompagner à les recouvrer, en ne tombant pas dans le mythe de l’autonomie.
.

...des mots © Gorka

.
Mme Emmanuelle Latourte et M. Bruno Stengel, éducs spécialisés présentent Les Prytanes
C’est un hébergement de stabilisation ; un micro dispositif où 6 personnes occupent une maison, avec une chambre pour chacun et des espaces communs. Il est destiné à des personnes qui viennent de la rue, de squat, et qui après avoir longtemps vécu « en marge » ne pourraient demeurer dans un logement « classique », par exemple à cause de problèmes d’alcool trop manifestes. L’objectif de ce dispositif est de permettre aux personnes de se stabiliser, de recouvrer un cadre de vie propice à l’amélioration de leur état de santé et de leur condition. Les évolutions se vivent au rythme de chacun, avec l’aide de l’équipe.
B. Stengel raconte le jardin, les couleurs, les légumes, les courges, les moments de jardin avec les résidents et les repas partagés.
.
M. Renaud Dramais, directeur de CASA présente l’association
A CASA, on essaie de créer les conditions d’une possible action, qui ne concerne pas uniquement les professionnels mais aussi au premier chef les gens de la rue. Il est question de coproduire ; agir, c’est agir ensemble, dans un combat – qui paraît sans fin – mais qu’on espère voir aboutir un jour sur une amélioration significative des choses.
L’enjeu à Casa est que chacun apporte sa pierre à l’édifice.
Casa ça a été au départ une rencontre hors la loi entre les gens, dans un squat ; aujourd’hui voilà une dizaine d’année que l’association existe et cela fait 7 ans que notre action est officiellement reconnue. On a cette chance d’être dans la possibilité de créer des lieux. D’ici deux ans surgira à Avignon un lieu d’accueil en dur, qui trouvera sa place entière et légitime dans la ville. On va le construire ensemble, c’est une chance extraordinaire, comme cette communauté de gens qui trouve assez d’élan et de coordination pour agir.
Humaniser les lieux : à travers Prytanes, le Hameau, ce qui ressort c’est cette convivialité, ce vivre ensemble qui fait que l’on se sent à une place bien particulière, dans un présent occupé, qui permet de se projeter.
..

© Gorka

.
Intervention de M. Carmelo Franchina, président de HAS
Cela fait quelques années que je traine mes chaussures dans le travail social ; on est aujourd’hui dans une mutation. Pendant très longtemps, nous avons travaillé « pour ». Nous voulions que les personnes retrouvent à tout prix leur place dans une société normalisée. Une posture qui nous a fait commettre des erreurs, en étant excluant nous-mêmes, dès lors que cette normalité n’était pas accessible, ou pas désirée par les personnes. L’accompagnement était assorti, de fait, d’une injonction de réussir cette normalisation.
On ne peut pas aborder les personnes en se disant que ce sont des personnes marginales ; ce sont des personnes ; rien n’est blanc ou noir ; nous même pouvons être tantôt du côté de la bonne société et de l’autre côté ; aujourd’hui les limites sont fluctuantes et franchissables facilement. Cela oblige le regard des travailleurs sociaux à se déplacer.
.
Intervention de M. Olivier Landes, Directeur du CHRS Jane Pannier
A Jane Pannier, nous avons ouvert des lits halte soin santé, soit un tout petit service de 5 places, qui accueille des femmes qui sont à la rue et qui rencontrent des problèmes de santé. Il entre dans le cadre d’un ensemble de services complémentaires qui constituent l’activité de l’association : un petit accueil dédié au 115 de 5 à 8 places (l’hiver) qui est un sas en attendant que les personnes puissent intégrer le CHRS ou un autre établissement ; la maison relais, le tout adossé à un CHRS, qui est un CHRS – urgence, dans lequel les conditions d’accueil sont immédiates et inconditionnelles. La formule « small is beautiful » pourrait caractériser la structure. Avec une échelle restée humaine, on essaie de mobiliser les ressources mêmes des personnes, et de recréer de la vie à l’intérieur de la structure pour que des liens se développent. Les partenariats sont nombreux : La faute à Voltaire avec son atelier d’écriture, Culture du Cœur avec ses sorties culturelles et l’accompagnement qu’elles supposent, les ateliers techniques avec une autre association. La vision de notre travail se trouve changée par ce qui est une véritable « rencontre », plus qu’une posture professionnelle dominée par la technicité.
Il faut recréer des choses originales.  Recréer : je suis tombé un jour sur un texte qui parlait de ce qui se faisait au XIXème siècle dans une structure qui accueillait les femmes avec tous les égards qu’on pouvait attendre, en se démarquant alors radicalement de ce qui se faisait alors dans d’autres structures totalement inhumaines.
Cela repose la question de la militance, car c’est d’elle que viendra notre capacité à se projeter.
.
M. Sergio Stern conclut la rencontre
Merci à tous. C’est aussi une occasion pour se connaître. Etat des lieux est un projet inter associatif spontané. Il implique une capacité d’osmose de différents organismes, et de rencontres constructives. Il se veut un passage de savoir, de connaissance, de capacité de se relayer les uns et les autres dans cette bataille de première ligne. Dans le collectif, tout le monde a un rôle important, là où il est. C’est  le syndrome du gardien de but : tu es dans une équipe mais quand le joueur est devant toi, tu dois éviter le pire…

Michel Carbonara © Gorka

.

.
.
.
.
.
M. Michel Carbonara
Directeur de Cap Méditerranée
Etat des Lieux – Table Ronde du 30/9/10 à Marseille

Commentaires fermés
comments